LE PATISSIER
Allons vite, mon cher cœur Claude, Que ces Messieurs l'on accommode, [1270] En attendant la fricassée.
Vous plaît il de cette étuvée, Je vais vous tirer chopinette.
Du vin qui sent la violette, Cependant voilà un 'pâté, [1275]
Je vous en feray bon marché^
Et s'il n'est bon, pour le certian, Messieurs je n'en demande rien.
[pierre ?.] • A la santé de la Maîtresse, Dépêchons nous l'heure nous presse, [1280] Tenez, Madame, de l'argent, Faites le conte en attendant Qjue nous boirons encore un coup, Ce sera assez pour le coup.
Nous sommes fort bien cette fois, [1285] Ce vin fortifie la voix, Traversons la fromagerie Pousse ce ramonneur qui crie, Et puis quand nous serons au fonds, A main gauche nous tournerons, L1290] C'est le droit chemin des Terreaux, Pren garde a ces deux jouvenceaux.
Il y en a un Corratier, Qui demeure dans ce quartier.
Nous voicy arrivez au plâtre [1295]
16 Si tu as dessein de te battre, Tu trouveras de bons drillots, dui ne sont pas des plus manchots.
J'aime mieux aller aux Jésuites, Leur belle Cour fait mes délices; . [1300]
EN VERS BURLESaUES 97
Sortons du Plâtre incontinent, Nous serons près du bas d'argent, Ma foy j'y loge bien souvent, Marche, tu vas trop lentement, Tournons le coin contre la place, [130s] Regarde que de populace.
Ne diroit-on pas volontiers.
Que se sont tous des Ecoliers, La pluspart de cette jeunesse.
Est de Savoye ou de la Bresse, [nio]
Quelques-uns viennent du Bugey, Et des autres du Veromey, Il y en a des Auvergnats, Qui sont rusez comme des chats.
De Bourgogne, tant du Duché, [131s]
Que comme aussi de la Comté, Vous en voyez du Dauphiné, Qui n'ont pas l'esprit mal tourné, Du Lionnois, Forets, Beaujolois, Et même aussi du Charolois, [1320]
Ainsi chacun de son quartier.
Vient icy pour étudier.
Faisons un tour dedans la Cour, 17 Qui est peinte toute à l'entour.
Regarde qu'elle est magnifique, [1325J
D'un côté voilà l'Amérique,
L'Afrique avec sa noirceur,
Fait des Perles voir la blancheur,
L'Asie qui dans ses pays,
Tient tant de peuples assujettis, [1330]
L'Europe emporte le prix
Sous l'empire du grand Louis,
Tous ces quadrans et cet horloge,
Dont on ne peut faire l'éloge,
Et tant de choses dont l'Histoire, [i33>]
Peut enrichir nôtre mémoire,
Font passer cette aymable cour,
Des plus belles qui soient au jour.
Continuons nôtre sujet,
Laissons la rue du mulet, [1340]
Et marchons toujours bec à bec,
Vers la rue de l'Arbre sec.
Avançons par recréation
Vers les Pères de la Mission.
Ce jardin au devant de nous, [^345]
Et bien souvent ouvert à tous,
De juger il est bien facile,
Qu'il est de la maison de Ville,
Le monde s y va promener.
Comme tu peux imaginer, [^350]
EN VERS BURLESaUES 99
Gagnons vite vers ce portail,
Pour poursuivre nôtre détail,
Nous voicy enfin dans la cour,
Faisons icy un petit tour,
Voy cette teste d'Eléphant, [1555]
Animal plus tort que méchant,
Et qui d'un air grave et sans pompe.
Relève en rond si bien sa trompe,
Cette beste a de belles dents,
Qui sont utiles a bien des gens, [i^H
Regarde-le jetter de l'eau,
Par les deux trous de son museau,
Montons en haut dans l'autre cour,
Et puis nous irons faire un tour,
Dedans la sale des peintures, [1565]
dui étoit si riche en figures.
Ce n'est plus celle d'autrefois.
Le feu l'a réduite aux abois.
Ce dôme qui étoit si beau,
Ne ressemble plus qu'un tombeau, [1370]
Cet horloge si magnifique,
Qui faisoit aux autres la nique.
Le feu l'a réduit à néant,
Mais on le refait maintenant,
Les peintures sur les montées, [1375]
Nous renouvellent les idées, De l'incendie de Lyon, Du temps de l'Empereur Néron, Louis le Grand avec la Reine, 19 Ont la Majesté souveraine, [1380]
Au plus haut on voit Phaëton, Dans son chariot, qui ce dit on, Fut précipité dedans l'onde.
De peur qu'il n'embrasât le monde.
Sortons de la maison de Ville, [1385]
Poursuivons le tour de la Ville, Regarde un peu ce portail, Construit avec tant de travail.
C'est bien le plus beau sans façon.
Qui se voye dedans Lyon, [^390]
Quoy que celui des Jacobins, Arrête les yeux le plus fins.
Nous voicy donc sur les Terraux, Lieu d'exécution des Bourreaux, Regarde la belle fontaine, [1395]
N'en vaut-elle pas bien la peine ?
On a vu long tems autre fois.
Dans ce môme lieu une Croix, On Ta transportée à Fourviére, Mais poursuivons notre carrière, [^400]
EN VERS BURLESQUES lOI
Montons contre les Séminaires, Nous avancerons nos affaires, Nous voicy à la Croix Paquet, Allons donc sans tant de caquet, Et nous serons dans moins de rien, [ho$] Au devant de Saint Sebastien, Nous sommes enfin à la cime, Je n'en peux plus de la famine.
Sortons vite dehors la Ville, Approchons nous de cette fille, [hio]
C'est la servante d'un logis Qui a beaucoup de bons amis Au petit Louvre elle demeure, Allons y boire s'en est l'heure.
Bon jour l'hostesse et son Mary, [141$] Puis qu'aujourd'huy c'est Vendredy, Donné nous pour nostre diné.
Un brochet bien conditionné, Apprêté à la sauce douce.
Nous jouerons fort bien du pouce, [1420] Ce poisson là est trop petit.
Pour contenter nostre appétit.
Joignez-y un plat de Morue Qui soit fraîche, blanche et porpuë, Beuvon à la santé de l'hoste, [142^1
Qui scait bien faire la Composte, Dépêchons, nous sommes pressez, S'il vous plait, madame, comtez, Vingt pièces de trois sols et six, Sont justement trois livres dix, [1430]
C'est vostre conte nostre hostesse, Jusqu'au revoir l'heure nous presse.
Il y a cinq sols pour les filles, Nous viendrons puis jouer aux quilles, Ce vin me rend le corps agile, [1435]
2i Retournons entrer dans la Ville, Marchons en bas contre la cote, Prens garde a ce porteur de hôte due s'il venoit à te heurter.
Il pourroit te faire tomber, [1440]
Imitant Monsieur de Nevers Faisant patra tra à l'envers.
Tournons dans la rue Neret On n'y void pas un Cabaret, Allons contre les Carmélites, [1445]
Du Gouverneur les favorites.
Les Bleu-Celestes sons plus bas.
Pour le présent, je n'y vay pas, J'ayme mieux aller aux Chartreux, Marche, ne fay pas le boiteux. [1450]
EN VERS BURLESaUES lOj
Prés des Chartreux, nous y voicy.
Regardons ce dicton icy,
Rien sans peine
Laisse dire et bien faire.
Ce Jardinier a de l'esprit, [1455I
S'il observe bien son écrit.
Nous sommes enfin aux Chartreux
Allons chanter vespres avec eux,
Après nous continuerons.
Tout ce qu'à dire nous aurons. [1460]
Voila Vespres parachevées,
Retournons dessus nos brisées.
Marchons tout le long des murailles,
Sans avoir crainte des canailles,
Les Casamates sont murées, L1465]
Les Putins n'y ont plus d'entrées,
Enfin après un fort grand tour
Voicy les portes d'Alincourt ;
C'est bien la porte la plus forte,
La Butte est tout joignant la Porte, [1470]
C'est-là où tirent à la Cible
Les Arquebuziers de la Ville.
Traversons icy la Rivière,
Avance vite batelière
Et passe-nous en diligence,, [h75]
Tout vis à-vis de l'Observance, Puis de dire un mot je pretens, Sur le tombeau des deux Amans.
Les uns disent que deux Amis, Qui d'inclination fort unis, [1480]
Se séparèrent pour voyage, Ainsi tous deux plient bagage Après l'absence d'un long temps.
Dans cet endroit se rencontrans.
Se baisèrent et s'embrassèrent [1485]
Et tous deux de joye expirèrent.
D'autres asseurerent que Lion, Herode avoit pour prison, Qju'Herodias sa bonne amie.
Fut avec luy ensevelie [1490]
Et l'on dit depuis plusieurs ans, 23 C'est le tombeau des deux Amans, Mais qu'il soit véritable ou non, Laissons-le r'entron dans Lyon.
Pour continuer à nostre aize, [1495]
Allons à la porte de Vaize.
Si tu veux, un jour de loisir.
Nous monterons avec plaisir.
Tout au plus haut de Pierre Seize, Où l'on sent bien souvent la bize. [1500]
EN VERS BURLESaUES IO5
Ce bâtiment est sur le roc,
Q,ui souffriroit très bien le choc,
En cas qu'on voulût essayer,
D'enlever quelque prisonnier.
Avançons toujours pas-à-pas, [150$]
Tu ne sçaurois estre encor las.
Et pour avancer nostre affaire.
Nous avons du chemin à faire,
Nous sommes devant la Ghana,
Où beaucoup de gens il y a : [1510]
Dans peu nous nous verrons bien proche,
De ce bon Monsieur de la Roche,
Je l'apperçois ce vieux barbon,
dui ne sçait dire oûy ni non,
Il est planté comme une broche, [i^^sT
Sur la pointe de cette roche.
S'il sçavoit un peu criailler
On l'entendroit de loin batailler.
L'on dit que sa bourse estoit pleine.
Pour les filles qui sont en peine, [1520]
De trouver mary diligent,
A faute d'avoir de l'argent,
Cette bourse est tombée en friche,
Parce qu'il n'avoit point de niche,
Car s'il eut esté à couvert, [1525]