LA BATELIÈRE
Je vo volo passa, Monsieu,
Per avey de votro menu.
Je vo voy mettre per certain.
Ver la feuilla du Aûgustins, [1640]
EN VERS BURLESaUES III
[benoist?] Arreste un peu là Batelière, Ecoutons cette Lavandière.
LA LAVANDIERE.
Monsieu, voli vo ren pay,
Avant que de sorti d'icy,
Pay du moins un pot de vin, [164SI
Vo beri promi per certain.
[pierre.] Peut-estre que vous faisant boire.
Vous perdriez votre mémoire, La lessive alors resteroit.
Personne ne la laveroit. [1650I
[la lavandière.] ^9 Ta raison, Monsieu de trey chin, Marche toujor pauvro faquin, Avoi ton mantieau d'arlequin, No no soussion ben de ton vin, A ta santa Georges Dandin, [1655]
Vaiquia per passa mon chagrin, Ta fuma gagne may que tey, Pauvro corna en bonna fey, L'enpinta y et ce que te fau, Aussi ben es-tu maqueriau. [1660]
[benoist.] Laissons la cette Lavandière, Passe nous vite Batelière, Car leur langue va sans raison Plus vite que leur batillon.
Si tu aimes la crierie, [1665]
Allons voir la poissonnerie Nous y entendrons tout de bon, Quelque lardon en bon jargon, Marchons donc contre la Platiere, Cottoyant toujours la Rivière, [1670J
Nous pouvons en nostre chemin, Voir quelque chose de badin, Tu pousses ces porteurs de chaize.
Qui ne sont pas trop a leur aize.
Avançons et doublons le pas [1675]
Car voilà les porteurs à bas, Et le Monsieur qui est dedans.
Est dans la boue jusqu'aux dents.
30 Nous voicy devant la Platiere,
Continuons nostre carrière, [^680]
L'on dit des gens de ce quartier.
Qu'ils entendent bien leur métier.
De prendre ne faisant refus.
Les bons sols pour des Carolus,
C'est ce qui adonné matière, [1685]
Aux Innocens de la Platiere, Nous sommes devant les bachus, Nous allons rire tant et plus, Nous entendrons cent scandale, Des Poissonnières de la Hâle, [1690]
Mon cher amy, nous y voicy, Arrêtons nous un peu icy.
compliment des poissonnieres, [la poissonnière.] Veny à mey bieau Cusini, Car j'ay ce que vous fau, teni, Regarda bien cely Brochet, [1695]
Vo ne verry pas son paret.
Il est pris de cety matin, Deden lo Rono per certain, Il semble un enfant de deux ans Donna zen vito quatro fran. [1700J
[le cuisinier.] Je n'en veux point il est trop cher.
Vous avez beau vous en fâcher.
[la poissonnière.] Preni don cela bella Brama Car je vo jure sur mon ama Qu'ella procho de trey quarty [1705J
31 De largeur sen vo ren menti.
Ou ben cela Carpa d'Etan,
Qu'est ossy groussa qu'un enfan.
[le cuisinier.]
Non, je n'en veux point Dame Jeanne, Je vay chez la commère Anne, [^7M
J'y trouveray assurément,
Ce qui me faut entièrement.
[la poissonnière.] La Comare Ana vertu bleu, Avoy la (C)laudia tout en feu, Et la fuma du Bourguignon, [1715]
No porton toute trey guignon ; Perce qu'elle sont un pou belle, Tou los homo s'en van vers elle.
Je cray que n'est pas lo peysson.
Que los attire à la maison, [1720]
Mais nous verran ben quoque jor.
Que chacun ara son tor.
[pierre.] Amy que dis tu de cecy, Tu n'es pas fâché d'estre ici; Prenons garde à ce qu'on va faire, [1725] Car voicy bien une autre affaire :
Ces deux icv dans un moment,
EN VERS BURLESaUES 11^
Se vont battre certainement, Celle-cy s'échauffe la bile, Pour estre plus que l'autre habile, [1730] Regarde-les froncer le nez Nous en verrons bien d'étonnés, Si l'on peut commencer la dance, 32 Bon bon, la voilà qui commence.
[première poissonnière.] Va va, l'on te coney ivrognie, [1735]
Puyanta comme una charognie.
Ne te faut que trey pot de vin, A ton dina tout lo matin.
Et à ton soupa autro trey, Encore te dit que t'a sey, [1740]
Pendant que ton bon homo Jean Ne bey que d'iau lo Ion de l'an,
[seconde poissonnière.] A tu tout dit villie Sorcire, Te ressemble le batelire, Encor qu'elle manayon lieau, [1745]
Elle n'est pas per leur musiau.
Ma fey, t'aime pro ben lo jus, De nôtron bon père bacchus, Car j'ay appri de to veisin, [i7$o]
due toute le nuit per certin
Il6 LA VILLE DE LYON
Te p(r)end au liet una botillie,
Per beyre lorsque te t evillie,
Avoy que de cache musiau,
Te te remply bien lo boyau,
Sor d'ici, va t'en eu puri, ['755]
Faire foita u pilori.
Ou ben va t'en trouva Malerba,
Per faire passa ta gratela.
[benoist.] Qu'en dis tu, voila qui est drôle.
Pour moy je croy sur ma parole, [^yH 33 Que l'une et l'autre aiment le vin, Autant le soir que le matin, Il est bien difficile à croire, due l'une cède à l'autre à boire.
Puisque toutes deux en un mot, [1765] Boivent à tire larigot.
Je suis satisfait où je meure, Nous avons bien vu à cette heure, Tout ce divertissant discord; Passons près la tête de mort, [^770]
Sortons vite de cette rue On y sent trop l'eau de morue.
Cette odeur ne plaît point de tout, Tournons quand nous serons au bout,
Dans la rue de l'Enfant qui pisse, [1775] Où l'on vend d'excellente épice, Nous y voicy, allons bon train, Regarde, j'apperçois le chien.
Dont parloit hier la Fruitière, En criant le Porteur de chaire, [1780J
Son maître a fait bâtir la Croix, De la Platiereque tu vois.
Ainsi que je l'ay ouy dire A un vénérable Messire, Car au lieu d'une Croix de bois, [1785] due l'on y voyoit autrefois.
On m a dit que cette personne.
De réputation très bonne, 34 QjLii habitoit cette maison,
Quoy qu'il fut de la Religion, [1790J
Donna de l'argent pour l'ôter.
Et une de pierre y placer.
Si la chose n'est véritable.
Je n'en dois pas être blâmable,
Je vous asseure en vérité, [^795]
Qu'ainsi on me l'a raconté,
Quant au reste je m'en rapporte,
Vray ou non cela ne m'importe,
Tournons icy à celle fin
Il8 LA VILLE DE LYON
De poursuivre notre dessein : [iSooj
Le reste de cette journée, Sera bien-tôt parachevée, Continuant nostre chemin, Passons devant S. Saturnin, Saluons le, aussi S. Pierre, [is^sj
Nous verrons ce beau Monastère :
A ce coin nous nous trouverons, Dans la rue des Eclaisons, Entrons au logis de la Cage, Pour reprendre un peu de courage, [^Sio] Dieu soit céans, bon soir à tous.
Je vous supplie donnez nous, Une bouteille de bon vin, Pour aider à passer chemin.
Ce vin là est très excellent, [1815]
Madame, voilà vostre argent, 35 Achevons vite nostre tour, Cependant qu'il y a du jour, Nous voicy, mais sans baliverne.
Dans la rue de la Lanterne, [1820]
Nous n'avons pas à hésiter.
Par où il nous faudra tirer.
Allons où nous voyons ces Dames, Qui sont à la place des Carmes,
Passons devant ces Chandeliers [182$]
Laissons icy ces Poulaillers, Dépêchons nous donc je te prie, D'approcher de la Boucherie, Nous entendrons asseurement Quelque entretien divertissant, [1830]
De ces Bouchers qui sans reproche.
Ont bien aussi bonne Caboche, Que tous les autres susnommez.
Et n'en soyez pas étonnés.
Tout maintenant sans plus attendre, [i«35] Je vay vous le faire comprendre,