‹ La ville de Lyon en vers burlesques, 1683. Réimpression de l'édition conservée a la Bibliothèque de l'Arsenal, publiée avec une introduction et des notes de Eug. VialChapitre 26 sur 56 · LA BATELIÈRE · texte numérisé non relu

LA BATELIÈRE

Je vo volo passa, Monsieu,

Per avey de votro menu.

Je vo voy mettre per certain.

Ver la feuilla du Aûgustins, [1640]

EN VERS BURLESaUES III

[benoist?] Arreste un peu là Batelière, Ecoutons cette Lavandière.

LA LAVANDIERE.

Monsieu, voli vo ren pay,

Avant que de sorti d'icy,

Pay du moins un pot de vin, [164SI

Vo beri promi per certain.

[pierre.] Peut-estre que vous faisant boire.

Vous perdriez votre mémoire, La lessive alors resteroit.

Personne ne la laveroit. [1650I

[la lavandière.] ^9 Ta raison, Monsieu de trey chin, Marche toujor pauvro faquin, Avoi ton mantieau d'arlequin, No no soussion ben de ton vin, A ta santa Georges Dandin, [1655]

Vaiquia per passa mon chagrin, Ta fuma gagne may que tey, Pauvro corna en bonna fey, L'enpinta y et ce que te fau, Aussi ben es-tu maqueriau. [1660]

[benoist.] Laissons la cette Lavandière, Passe nous vite Batelière, Car leur langue va sans raison Plus vite que leur batillon.

Si tu aimes la crierie, [1665]

Allons voir la poissonnerie Nous y entendrons tout de bon, Quelque lardon en bon jargon, Marchons donc contre la Platiere, Cottoyant toujours la Rivière, [1670J

Nous pouvons en nostre chemin, Voir quelque chose de badin, Tu pousses ces porteurs de chaize.

Qui ne sont pas trop a leur aize.

Avançons et doublons le pas [1675]

Car voilà les porteurs à bas, Et le Monsieur qui est dedans.

Est dans la boue jusqu'aux dents.

30 Nous voicy devant la Platiere,

Continuons nostre carrière, [^680]

L'on dit des gens de ce quartier.

Qu'ils entendent bien leur métier.

De prendre ne faisant refus.

Les bons sols pour des Carolus,

C'est ce qui adonné matière, [1685]

Aux Innocens de la Platiere, Nous sommes devant les bachus, Nous allons rire tant et plus, Nous entendrons cent scandale, Des Poissonnières de la Hâle, [1690]

Mon cher amy, nous y voicy, Arrêtons nous un peu icy.

compliment des poissonnieres, [la poissonnière.] Veny à mey bieau Cusini, Car j'ay ce que vous fau, teni, Regarda bien cely Brochet, [1695]

Vo ne verry pas son paret.

Il est pris de cety matin, Deden lo Rono per certain, Il semble un enfant de deux ans Donna zen vito quatro fran. [1700J

[le cuisinier.] Je n'en veux point il est trop cher.

Vous avez beau vous en fâcher.

[la poissonnière.] Preni don cela bella Brama Car je vo jure sur mon ama Qu'ella procho de trey quarty [1705J

31 De largeur sen vo ren menti.

Ou ben cela Carpa d'Etan,

Qu'est ossy groussa qu'un enfan.

[le cuisinier.]

Non, je n'en veux point Dame Jeanne, Je vay chez la commère Anne, [^7M

J'y trouveray assurément,

Ce qui me faut entièrement.

[la poissonnière.] La Comare Ana vertu bleu, Avoy la (C)laudia tout en feu, Et la fuma du Bourguignon, [1715]

No porton toute trey guignon ; Perce qu'elle sont un pou belle, Tou los homo s'en van vers elle.

Je cray que n'est pas lo peysson.

Que los attire à la maison, [1720]

Mais nous verran ben quoque jor.

Que chacun ara son tor.

[pierre.] Amy que dis tu de cecy, Tu n'es pas fâché d'estre ici; Prenons garde à ce qu'on va faire, [1725] Car voicy bien une autre affaire :

Ces deux icv dans un moment,

EN VERS BURLESaUES 11^

Se vont battre certainement, Celle-cy s'échauffe la bile, Pour estre plus que l'autre habile, [1730] Regarde-les froncer le nez Nous en verrons bien d'étonnés, Si l'on peut commencer la dance, 32 Bon bon, la voilà qui commence.

[première poissonnière.] Va va, l'on te coney ivrognie, [1735]

Puyanta comme una charognie.

Ne te faut que trey pot de vin, A ton dina tout lo matin.

Et à ton soupa autro trey, Encore te dit que t'a sey, [1740]

Pendant que ton bon homo Jean Ne bey que d'iau lo Ion de l'an,

[seconde poissonnière.] A tu tout dit villie Sorcire, Te ressemble le batelire, Encor qu'elle manayon lieau, [1745]

Elle n'est pas per leur musiau.

Ma fey, t'aime pro ben lo jus, De nôtron bon père bacchus, Car j'ay appri de to veisin, [i7$o]

due toute le nuit per certin

Il6 LA VILLE DE LYON

Te p(r)end au liet una botillie,

Per beyre lorsque te t evillie,

Avoy que de cache musiau,

Te te remply bien lo boyau,

Sor d'ici, va t'en eu puri, ['755]

Faire foita u pilori.

Ou ben va t'en trouva Malerba,

Per faire passa ta gratela.

[benoist.] Qu'en dis tu, voila qui est drôle.

Pour moy je croy sur ma parole, [^yH 33 Que l'une et l'autre aiment le vin, Autant le soir que le matin, Il est bien difficile à croire, due l'une cède à l'autre à boire.

Puisque toutes deux en un mot, [1765] Boivent à tire larigot.

Je suis satisfait où je meure, Nous avons bien vu à cette heure, Tout ce divertissant discord; Passons près la tête de mort, [^770]

Sortons vite de cette rue On y sent trop l'eau de morue.

Cette odeur ne plaît point de tout, Tournons quand nous serons au bout,

Dans la rue de l'Enfant qui pisse, [1775] Où l'on vend d'excellente épice, Nous y voicy, allons bon train, Regarde, j'apperçois le chien.

Dont parloit hier la Fruitière, En criant le Porteur de chaire, [1780J

Son maître a fait bâtir la Croix, De la Platiereque tu vois.

Ainsi que je l'ay ouy dire A un vénérable Messire, Car au lieu d'une Croix de bois, [1785] due l'on y voyoit autrefois.

On m a dit que cette personne.

De réputation très bonne, 34 QjLii habitoit cette maison,

Quoy qu'il fut de la Religion, [1790J

Donna de l'argent pour l'ôter.

Et une de pierre y placer.

Si la chose n'est véritable.

Je n'en dois pas être blâmable,

Je vous asseure en vérité, [^795]

Qu'ainsi on me l'a raconté,

Quant au reste je m'en rapporte,

Vray ou non cela ne m'importe,

Tournons icy à celle fin

Il8 LA VILLE DE LYON

De poursuivre notre dessein : [iSooj

Le reste de cette journée, Sera bien-tôt parachevée, Continuant nostre chemin, Passons devant S. Saturnin, Saluons le, aussi S. Pierre, [is^sj

Nous verrons ce beau Monastère :

A ce coin nous nous trouverons, Dans la rue des Eclaisons, Entrons au logis de la Cage, Pour reprendre un peu de courage, [^Sio] Dieu soit céans, bon soir à tous.

Je vous supplie donnez nous, Une bouteille de bon vin, Pour aider à passer chemin.

Ce vin là est très excellent, [1815]

Madame, voilà vostre argent, 35 Achevons vite nostre tour, Cependant qu'il y a du jour, Nous voicy, mais sans baliverne.

Dans la rue de la Lanterne, [1820]

Nous n'avons pas à hésiter.

Par où il nous faudra tirer.

Allons où nous voyons ces Dames, Qui sont à la place des Carmes,

Passons devant ces Chandeliers [182$]

Laissons icy ces Poulaillers, Dépêchons nous donc je te prie, D'approcher de la Boucherie, Nous entendrons asseurement Quelque entretien divertissant, [1830]

De ces Bouchers qui sans reproche.

Ont bien aussi bonne Caboche, Que tous les autres susnommez.

Et n'en soyez pas étonnés.

Tout maintenant sans plus attendre, [i«35] Je vay vous le faire comprendre,

Page 1