‹ La ville de Lyon en vers burlesques, 1683. Réimpression de l'édition conservée a la Bibliothèque de l'Arsenal, publiée avec une introduction et des notes de Eug. VialChapitre 6 sur 56 · CLAUDINE · texte numérisé non relu

CLAUDINE

Messieurs, en fait d'honnête gens, Je ne prend point garde à l'argent, 24 Car pour vous attirer chez nous.

Je veux bien perdre avec vous. [470I

BENOIST

Allons nous en à l'Audience, C'est un jour de réjouissance, Nous entendrons la cause grâce, Mais dont vient tant de populace.

Que je vois arrêtez à ce coing [475]

Approchons nous pour le certain, Pousse moy ce vendeur de miche, J'apperçois un homme qui affiche, N'est ce point quelque Edit nouveau Contre Messieurs les Huguenots. UH

PIERRE

Ce n'est rien que la Comédie, Pourtant la pièce est jolie, Sont les cocus imaginaire.

Par-bleu voila bien nôtre affaire.

Si tu veux, je sçay le moyen, [485]

D'entrer sans qu'il nous coûte rien.

Je suis connu sur mon honneur.

Dans le logis du Gouverneur,

C'est Monseigneur de Ville-Roy, Fidelle serviteur du Roy, [490]

Marchons donc vitte je t'en prie, Contre la rue des trois Maries, Approchons de ce Paysan, Nous entendrons son compliment, (lui(l) fait avec que tant d'ardeur [495] Nuë tête à son Procureur.

LE MANAN.

Monsieu n'ay jo pas ben raison.

Comme plus vieu de la maison,

J'ay toûjour ay eu soin du bien,

Et astura je n'aray ren, [500]

Je me seray creva de paina.

Et per una doubla vilaina.

De bella seur qu'a cajolla,

Mon pare y se laissia alla,

Y donne lo tray quart du bien, [505]

Et may lo plus vieu n'aray ren.

Plaida me de bonna fasson,

Je juro je suis bon garçon.

Ne teny pas la bouche closa.

Cria bien, emporta ma cosa, [510]

Je vo foy présent d'un levrot,

Sçachit que suy bon drillot. ■

PIERRE

Et bien que dis-tu du manan, Fait-il pas bien les complimens, Le Procureur prend le levrot, [515]

En se mocquant du pauvre sot, Il luy donne ville gaignée, Pourveu qu'il aye la lippée.

Laissons le manan à cette heure, Il est neuf heures ou je meure, [520]

26 Quoy que l'heure ne presse pas.

Marchons vitte, doublons le pas.

Au Palais allons prendre place, Croy moy ne fait point la grimace.

Aujourd'hui c'est le jeudi Gras, [525]

Le Plaidé nous réjouira Arrêtons un peu je te prie, J'entens une fille qui crie, Se plaignant tout haut qu'un garçon, Luy a fait faire un popon. [530]

LA FILLE

Messieurs n'est il pas bien dommage.

De voir une fille à mon âge.

Réduite jusques à ce point, Qu'un garçon ne me veuille point,

EN VERS BURLESCLUES 59

Au temps qu'il eût mon pucelage, [535] il ne tenoit pas ce langage.

LE CONSEILLER

Ma mie vous estiez bien foie, De vous prendre à ses paroles.

LA FILLE

Il me promit de m'épouser, Je ne l'osa pas refuser, [s4o]

Mais Monsieur n'est il pas raison, Que vous m'ajugez une pension.

Pour nourrir la Mère et l'enfant, Aux dépens de ce matafan.

LE CONSEILLER

Ma mie on vous rendra Justice [545]

Le droUe payera Tespice, Tous les ans il donnera cent franc, Pour la pension de l'enfant.

LA FILLE

Et si l'enfant vient à mourir.

Monsieur que me donnera-t'il. [550]

LE CONSEILLER

Il vous donnera le bon jour Et vous le bon soir à vôtre tour.

LA FILLE

Me voilà pas mal satisfaite,

Se puisse t il rompre la tête,

Non pas venir emboiser les filles, [s55]

Pour les réduire à la grille.

PIERRE

La pauvre fille est désolé,

Pour s'estre trop laissé allé,

Allons, nous en sçavons assez,

Descendons en bas du Palais, L5H

Tourne-toy gagnons les degrés,

La descente est à mon gré,

Plus que n'est a ceux qu'on va pendre,

Tournons ici sans plus attendre.

BENOIST

Nous voicy en bas par bon-heur, [565] Proche les bancs des Procureurs, 28 Laissons les avec les Sergens, Je n'ont besoin de telle gens.

Sortons vittement de céans, Passons au devant saint Alban [570]

Marchons droit contre cette allé, La traversant nous pourrons allé Dans l'Eglise de sainte Croix, Nous y voicy en bonne fois.

Faisons icy nôtre Prière, . [575]

Puis poursuivant nôtre carrière,

EN VERS BURLESaUES 6l

De sainte Croix dans saint Estienne L'on ne sort point à la charriére, Car l'on voit l'Eté et l'Hyver, Trois Eglises sous un couvert, [sSoj

De saint Estienne à saint Jean, Le trajet ne sera pas grand.

Il n'i a qu'à gagner la monté, Et nous y serons tout porté, Nous y voicy certainement, [585]

A présent saluons saint Jean, Ce grand Précurseur du Messie, Qui a passé toute sa vie.

Dans une grande sainteté Sans jamais boire ny tête, [59°]

Du jus du vin ny de cervoise.

Que celle qu'on tire à la toise.

Puis nous verrons les raretés, Merveilles et curiosités, 29 Du passé et du temps présent, [595]

Du Païs Turc et du Persant, De l'Arménie et de la Grèce, Du Maconnois et de la Bresse, En un mot ce fameux Horloge, Qui a pour habit une loge, [^H

Qui conserve et entretient,

Tous les misteres qui(l) contient.

Quand j'auray dit mon Oraison.

J'en feray la description.

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