LES DEUX SÉJOURS DES HURONS À QUÉBEC
yi près le massacre de la nation huronne, le Père Ragueneau /■\ amena les quelques centaines de survivants de cette malheureuse tribu sur l'île Saint- Joseph. Là, les Hurons devenus craintifs, ne se croyaient pas plus en sûreté qu'à Sainte-Marie. L'un des chefs hurons se rendit auprès du Père Ragueneau et lui tint ce langage :
" Jette les yeux du côté de Québec pour y transporter les restes de ce pays perdu ... Tu nous portes dans tes mains et dans ton cœur. La mort t'en a ravi plus de dix mille. Si tu diffères davantage, il n'en restera plus un seul ... Si tu écoutes nos désirs, nous ferons une église à l'abri du fort de Québec. Notre foi n'y sera plus éteinte."
Le Père Ragueneau et les autres missionnaires jésuites décidèrent alors de conduire les Hurons à Québec. Eux, aussi, croyaient que c'était le seul moyen de sauver les restes de cette nation autrefois si puissante.
Les Hurons arrivèrent à Québec à l'été de 1650. Ils se campèrent près de l'Hôtel-Dieu, et restèrent huit mois en cet endroit.
La Mère Juchereau de Saint-Ignace nous donne des détails touchants sur la vie des Sauvages pendant leur séjour à Québec:
" Les tristes restes de ces pauvres Hurons chrétiens vinrent se réfugier ici, et se logèrent dans des cabanes qu'ils dressèrent près de nous. Il fallut trouver de quoi les nourrir: les RR. PP. Jésuites contribuèrent à cette dépense; nous les assistions de tout notre pouvoir; ils venaient tous les jours entendre la Sainte Messe dans notre église et y faisaient leur prière soir et matin, quand les missionnaires ne pouvaient pas s'y trouver, une religieuse prenait ce soin et par la grille du chœur leur faisait dire le chapelet; les hommes se mettaient d'un côté de la chapelle et les femmes de l'autre, puis ils disaient un Ave Maria en leur langue tour à tour, comme s'ils eussent psalmodié et tous ensemble disaient le Pater, d'autres fois les hommes disaient une dizaine entière et les femmes une autre et les enfants venaient après qui recommençaient cet
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exercice. On les faisait chanter aussi en leur langue des cantiques spirituels."
La Mère Juchereau de Saint- Ignace ajoute que cette quantité de Sauvages que les Hospitalières n'attendaient point et aux besoins desquels il fallait pourvoir, épuisèrent si vite leurs vivres qu'il ne leur resta rien. Pour comble de malheur, il survint une grande famine qui les incommoda beaucoup, la viande étant alors fort rare et la pêche manquant.
A la fin de mars 1651, les Hurons se rendaient à l'île d'Orléans pour s'établir sur une réserve que les Jésuites avaient obtenue pour eux. Ils y vécurent un peu plus de cinq ans, du 29 mars 1651 au 4 juillet 1656. Au mois de mai 1656, soixante et onze d'entre eux furent massacrés par les Iroquois sur leurs terres de l'île d'Orléans. Pour échapper à d'autres attaques de leurs cruels ennemis, ils cherchèrent de nouveau un refuge sous les canons du fort de Québec. Les Hurons vécurent à Québec, de 1656 à 1668. Cette fois, ils avaient installé leurs cabanes immédiatement au-dessous du fort, c'est-à-dire, à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le bureau de poste.
Les Hurons furent un peu moins à charge aux Ursulines et aux Hospitalières pendant leur second séjour à Québec. Les Pères Jésuites obtinrent pour eux des secours du gouvernement du roi.
En 1668, les Hurons laissaient Québec pour la côte Saint- Michel où ils fondèrent la mission de Notre-Dame de Foy. De là, ils se transportèrent à l'Ancienne-Lorette puis à la Jeune-Lorette où ils sont encore.
Sources: Relation des Jésuites; R. P. Chaumonot, Autobiographie; Mère Juchereau de Saint-Ignace, Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec; l'abbé H.-A. Scott, Une Paroisse historique de la Nouvelle-France; Pierre-Georges Roy, L'île d'Orléans.
Signature du R. P. Ragueneau
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