‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 106 sur 275 · LE PETIT PARADIS DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

LE PETIT PARADIS DE QUÉBEC

Quelques semaines après son arrivée à Québec, la Mère Marie-Catherine de Saint- Augustin écrivait à son ancienne „ supérieure de Bayeux:

" Nous sommes enfin arrivées en la terre tant souhaitée. Nous n'y sommes pas venues sans peine. Il a fallu livrer de rudes combats pour quitter la France, souffrir de violentes tempêtes sur mer pour arriver dans le petit paradis de Québec, où maintenant tout est changé en contentement. Je vous dirai, ma chère Mère, qu'il est vrai que j'ai quitté une maison de sainteté, mais j'en ai trouvé une autre au bout du monde qui ne lui cède en rien."

La petite Sœur Hospitalière, par cette simple phrase le petit paradis de Québec, découvrait à son ancienne supérieure toute son âme héroïque.

Le petit paradis de Québec! La capitale de la Nouvelle- France, en 1648, était un pauvre bourg de moins de mille âmes protégé par de simples palissades. On y vivait dans la crainte continuelle des Iroquois. C'est par un miracle de la Providence que la capitale et toute la colonie française se maintenaient. Les Iroquois étaient, en réalité, les maîtres de tout le pays, car que pouvaient les quelques douzaines de soldats envoyés ici par la France, contre les milliers de féroces guerriers qui entouraient toutes les habitations ?

Petit paradis de Québec! Les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu s'employaient surtout au soin des malades sauvages. Le Sauvage, en santé, était un être presque infect, ennemi de l'eau et du savon. Le Sauvage malade, évidemment, était cent fois pire. Quel courage il fallait avoir pour supporter son infection et sa puanteur!

"Ajoutez à cela, dit le Père Hudon, les rigueurs de l'hiver canadien, contre lequel on ne savait pas se prémunir comme aujourd'hui, les privations de toutes sortes, une nourriture grossière, à laquelle leur pauvreté et le manque de vivres les condamnaient, la vie au milieu des bois, la crainte continuelle de l' Iroquois, l'isolement affreux de toute civilisation dont elles étaient séparées

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par l'océan, et vous comprendrez aisément tout ce qu'une pareille existence devait offrir de rude et de pénible pour une enfant de seize ans.

" Il fallait qu'elle portât bien avant dans son cœur l'amour de Jésus crucifié, pour regarder son nouveau séjour comme un paradis et en savourer les peines comme autant de délices. En saluant Québec du nom de paradis, elle montrait bien qu'elle méritait d'en être l'ornement. Québec, coin prédestiné de la terre d'Amérique, sol béni foulé par tant de héros, de saints et de martyrs, parterre embaumé des plus belles vertus chrétiennes, c'était bien, en effet, le petit paradis de Jésus-Christ, la consolation de son Cœur dans ses contrées infidèles. Québec, n'était-ce pas le phare avancé de la civilisation dans cette barbarie ? la tour fortifiée d'où partaient ses soldats magnanimes pour voler à la conquête des pays idolâtres? la montagne sainte où priaient les Marie de l'Incarnation?"

Source: R. P. L. Hudon, Vie de la Mère Marie-Catherine de Saint- Augustin.

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