‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 109 sur 275 · AU LENDEMAIN DE L'INCENDIE · texte numérisé non relu

AU LENDEMAIN DE L'INCENDIE

Ies Mères Ursulines et leurs chers enfants avaient la vie sauve mais elles se trouvaient à la belle étoile, la plupart nu-pieds et en vêtements de nuit sur la neige, par une température très froide. Le Père Ragueneau, supérieur des Jésuites, qui avait été un des premiers à se rendre sur le théâtre de l'incendie, fit transporter les enfants, partie dans la maison des domestiques et partie dans une maison voisine. Elles étaient à moitié mortes de froid et de peur. Quant aux religieuses, le Père Ragueneau les conduisit dans la maison même des Jésuites. Là, il donna des chaussures à toutes celles qui n'en avaient point. Trois seulement en avaient, s'étant ainsi couchées le soir pour mieux résister au froid.

Les Ursulines étaient à peine rendues chez les Pères Jésuites que les Mères Hospitalières de l'Hôtel-Dieu les envoyèrent chercher pour les loger en leur maison. Le Père Ragueneau, jugeant que cette retraite serait plus convenable pour les Ursulines que le fort Saint-Louis où on avait songé à les conduire, les mena luimême à l'Hôtel-Dieu.

" Les bonnes Mères Hospitalières," dit l'annaliste des Ursulines, "avec qui nous avons toujours été unies très étroitement, étaient plus sensiblement touchées de l'état où nous étions que nous-mêmes. Elles nous revêtirent de leurs habits gris, et nous fournirent de linge et de toutes nos autres nécessités, à quinze que nous étions, avec une cordialité admirable, car n'ayant rien nous avions besoin de tout."

Le lendemain de l'incendie, le Père Ragueneau, accompagné du gouverneur d'Ailleboust, mena les Ursulines voir ce qui avait été leur monastère. On n'osait encore approcher de l'effroyable fournaise. Toutes les cheminées étaient tombées, les murs intérieurs abattus, et les murailles principales crevassées et calcinées jusque dans les fondements.

Le Père Ragueneau, rendant compte du désastre dans la Relation de 1651, montre le courage et la soumission à la volonté de Dieu des Ursulines dans leur rude épreuve:

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" Ce fut," dit-il, " beaucoup pour elles qu'elles eussent pu se tirer du milieu des flammes pour se jeter au milieu des neiges. La charité de quelques-unes de ces Mères vraiment tendres fut plus active que le feu. C'était un plaisir digne des yeux des anges de les voir traverser les flammes portant dans leurs bras ces petites innocentes pour les mettre en lieu de sûreté; et retourner incontinent au milieu du péril, sans craindre d'y être brûlées. Elles voyaient tout se réduire en cendres bénissant Dieu de ce que le feu accomplissait ainsi sa volonté. Elles se mirent à genoux tout au milieu de la neige, et firent une offrande à Notre-Seigneur avec un œil si plein de joie et un cœur si paisible, que les Français et les Sauvages qui étaient accourus de toutes parts, ne pouvaient contenir leurs larmes. Les uns étaient touchés de compassion pour celles qui ne pleuraient pas leur propre malheur ; les autres pleuraient de joie de voir que Dieu avait des servantes si vertueuses et si détachées d'elles-mêmes pour ne vouloir que ce qu'il voulait."

La Mère Marie de l'Incarnation exprimait la même idée lorsqu'elle écrivait peu après:

" Mon âme n'eut jamais une plus grande paix qu'en cette occasion; je ne ressentis pas un mouvement de peine, ni de tristesse, ni d'inquiétude; mais je me sentais intimement unie à l'esprit et à la main de Celui qui permettait et opérait en nous cette circoncision."

Source: Les Ursulines de Québec; Relation des Jésuites, année 1651.

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