LE GOUVERNEUR JEAN DE LAUZON
Jean de Lauzon appartenait à une famille de robe. Ses ancêtres, originaires de la Bretagne, s'établirent dans le Poitou au commencement du seizième siècle. M. de Lauzon fut nommé conseiller au parlement de Paris le 3 février 1613, et maître des requêtes le 23 mai 1622. C'est lui qui, en 1632, fut chargé d'instruire le procès du duc de Montmorency, qui s'était révolté contre le pouvoir royal. M. de Lauzon fut, ensuite, président du grand conseil, intendant de Provence, puis de Guienne. Il entra dans la Compagnie des Cent Associés, le 29 avril 1627. Il devint bientôt la cheville ouvrière de cette société. Champlain rend témoignage à sa vigilance et à son bon travail.
M. de Lauzon profita de son influence pour faire donner de vastes seigneuries à ses fils au Canada. Lui-même, en se servant de prête-noms, obtint toute l'île de Montréal, la seigneurie de Lauzon et partie de l'île d'Orléans. Les Lauzon père et fils devinrent les plus grands propriétaires fonciers de la colonie.
Le 17 janvier 1651, le roi de France, à la demande de la Compagnie des Cent Associés, nommait M. de Lauzon gouverneur de la Nouvelle-France. Les hautes charges que M. de Lauzon avait occupées en France, les services qu'il avait rendus au Canada, l'amitié qu'il témoignait aux Jésuites, étaient des indices que la colonie retirerait bon profit de son administration. Le vaisseau, qui amena M. de Lauzon au Canada, jeta l'ancre devant Québec, le soir du 13 octobre 1651, mais le nouveau gouverneur ne débarqua que le lendemain. Il se rendit d'abord au Fort où on lui remit les clefs, puis à l'église où le clergé le reçut solennellement.
Sur le même vaisseau que M. de Lauzon, plusieurs personnes de distinction avaient fait la traversée. Outre les fils du gouverneur, Jean de Lauzon et Louis de Lauzon de la Citière, on comptait Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, avec sa femme et ses deux enfants, Mathieu Damours des Chauffours, Nicolas Le Vieux de Haute ville, Denis- Joseph Ruette d'Auteuil, etc., etc.
Les grands espoirs qu'avait fait naître la nomination de
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M. de Lauzon ne se réalisèrent pas. Le gouverneur, au dire de M. l'abbé Faillon, s'occupa surtout de favoriser ses fils et leurs parents au détriment de bien des personnes méritantes. Il est difficile de démêler la vérité sur l'administration de M. de Lauzon, car sa correspondance avec les ministres, qui aurait jeté tant de lumière sur ses faits et gestes, a été perdue. Il est certain que M. de Lauzon ne fut pas aimé à Québec. Aubert de la Chesnaye, dans un mémoire de 1676, dit qu'il s'était rendu impopulaire parmi les colons de Québec, qui lui reprochaient de ne pas faire les dépenses nécessaires pour soutenir sa dignité.
A ceci, M. J. Edmond Roy répond qu'il trouve M. Aubert de la Chesnaye amusant quand il raconte que les colons de Québec, hommes de peine, humbles négociants ou rudes pêcheurs, trouvaient que le gouverneur manquait de dignité. Il est évident que l'on ne comprenait pas l'étiquette à Versailles comme dans la petite bourgade de Québec, puisque M. de Lauzon, de retour en France, fut réinstallé dans sa charge de conseiller d'État et servit même en qualité de sous-doyen au Conseil.
"On accuse M. de Lauzon," dit encore M. Roy, "des'êtreemparé des plus belles terres du pays. Les charges qu'il donna à ses fils étaient purement honorifiques et elles convenaient à leur position dans le pays. Le gouverneur de Lauzon, en amenant avec lui dans ce pays lointain ses fils, qui pouvaient atteindre dans leur patrie à des positions enviables, a prouvé au contraire qu'il était animé du désir sincère de voir la colonie du Canada grandir et prospérer. De tous les gouverneurs français, il est le seul, avec M. d'Ailleboust, qui ait donné l'exemple et encouragé la culture de la terre en établissant les membres de sa famille sur les bords du Saint-Laurent, en voulant en faire des Canadiens."
M. de Lauzon repassa en France dans l'été de 1656.
Signature du gouverneur de Lauzon
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