UNE RELIGIEUSE HURONNE À L'HÔTEL-DIEU
Dans son histoire de près de trois siècles, l'Hôtel-Dieu de Québec n'a compté qu'une religieuse sauvagesse. Les filles des bois aiment tant leur liberté qu'elles n'ont pas la force de s'enfermer dans un cloître pour toute leur vie !
Elle se nommait Geneviève-Agnès Skannd'haron et était née au bourg huron de la Conception.
D'abord pensionnaire au séminaire des Ursulines, lors de l'incendie de ce monastère en 1650, elle fut charitablement recueillie par les Hospitalières de l'Hôtel-Dieu.
Elle apprit à lire et à écrire en moins de deux ans, et parlait admirablement la langue française. Sa langue maternelle n'avait pas de secrets pour la petite Huronne et c'est elle qui servait d'interprète aux malades hurons qu'on recevait à l'Hôtel-Dieu.
L'enfant fit sa première communion avec une ferveur surprenante. Dès lors, elle suppliait Notre Seigneur de lui faire la grâce d'être religieuse hospitalière. Elle craignait si fort que sa mère ne la retirât de l'Hôtel-Dieu, que quand elle venait la voir elle ne lui parlait qu'en passant. Elle refusa toujours de sortir pour aller au village huron de peur de ne pas revenir à l'Hôtel-Dieu.
C'est le 25 mars 1656 que Geneviève- Agnès Skannd'haron fut admise au nombre des postulantes. Elle avait quatorze ans.
Peu après Notre Seigneur lui envoya " une maladie propre aux Sauvages, qui est une langueur jointe à une fièvre lente qui les consomme peu à peu." Elle entra à l'infirmerie le 4 octobre 1656.
Les dispositions si rares de cette petite Sauvagesse engagèrent les religieuses de l'Hôtel-Dieu, après en avoir conféré avec l'abbé de Queylus, leur supérieur, de lui donner le saint habit.
La cérémonie eut lieu le 1er novembre 1656 comme en fait foi l'acte suivant: " Le 1er novembre 1656, Sœur Geneviève Skannd'haron, huronne de naissance, âgée de 15 ans moins 6 semaines, fille de Pierre Ondâkion et de Jeanne Osenrâkekaon, ses père et mère, excellents chrétiens, après avoir été exercée depuis sept mois qu'elle est entrée au noviciat de ce monastère des Re Hosp. de
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Kébec, pays de la Nouvelle-France, et ensuite demandé plusieurs fois à la communauté des dites Révdes la grâce d'en porter l'habit, ce qui lui fut accordé suivant l'ordre de la constitution établie dans l'institut de la dite communauté, étant actuellement malade et en péril de mort, elle a été revêtue du saint habit de la religion en qualité de religieuse de chœur par M. l'abbé de Queylus ayant pour assistants le R. P. Barthélemi Vimont et M. Le Bey, prêtre et chapelain du dit monastère. . ."
Le samedi, 3 novembre 1656, comme la petite sœur huronne semblait baisser rapidement, la supérieure de l'Hôtel-Dieu lui demanda si elle ne voulait point faire ses vœux. — O, ma chère Mère, lui répondit-elle, tout à l'heure, s'il vous plaît n'attendons plus, car je mourrai bientôt. La supérieure fit aussitôt appeler toute la communauté et en présence de ses sœurs, elle prononça ses vœux. Elle sentit presque aussitôt après les approches de la mort. Elle demanda d'elle-même la dernière absolution, après quoi priant pour la fondatrice de l'Hôtel-Dieu, pour M. et madame Bodeau, de Paris, qui l'avaient adoptée pour leur fille, et pour la conversion de ses compatriotes, elle rendit son esprit à celui qui l'avait créée pour sa gloire.
La lettre circulaire envoyée à toutes les communautés d'Hospitalières de France par la supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec, lors de la mort de la Sœur Geneviève-Agnès Skannd'haron dite de Tous les Saints, parle avec enthousiasme des mérites de cette fleur des bois que toutes ses compagnes, la plupart nées et élevées en France, avaient prise pour modèle, tant ses vertus étaient prééminentes.
Source: l'abbé L. St-G. Lindsay, Notre-Dame de Lorette en la Nouvelle-France.
Signature de M. l'abbé Le Bey
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