RENÉ ROHAULT, FILS DU MARQUIS DE GAMACHES
1e vicomte de Meaux, se trouvant dans une petite ville bâtie près de la chute Niagara, vit une humble église où venait de s'achever une messe basse. Deux ou trois religieuses, conduisant une troupe d'enfants, livres et cahiers sous le bras, en sortant de l'église, se dirigèrent vers la maison voisine, sur la porte de laquelle on lisait l'inscription: Spes messis in semine: l'espoir de la moisson est dans la semence. C'était l'école paroissiale.
Le Père de Rochemonteix, qui raconte cet épisode, ajoute: " Rien de plus vrai que ces paroles Spes messis in semine, principalement sur une terre encore inculte et nue. L'éducation est le principe de vie de toute colonie qui se fonde et qui veut grandir et se perpétuer. Le collège est à la colonie ce que les sources sont aux rivières. C'est du collège que sort le fleuve des générations humaines, c'est là qu'il s'alimente, et ce fleuve porte dans son cours la grandeur des pays nouveaux ou leur décadence. Il faut remonter jusqu'au collège, si l'on veut s'expliquer l'état d'une société, la société se recrutant chaque jour et se renouvelant sans cesse des générations qui lui viennent des écoles."
La Compagnie de Jésus a toujours mis en pratique le sage dicton: Spes messis in semine.
En 1626, Québec comptait à peine soixante Français, et déjà les Jésuites avaient arrêté le projet d'un collège.
René Rohault, fils aîné du riche marquis de Gamaches, avait fait ses études au collège des Jésuites, à Amiens. En 1625, il sollicitait son admission dans la Compagnie de Jésus. A peu près vers le même temps le Père Coton visitait le collège d'Amiens. Il vit le jeune étudiant et causa longuement avec le marquis de Gamaches. Il fut décidé que René Rohault entrerait, dans le courant de mars 1626, au noviciat de l'hôtel de Mézières, à Paris. Le Père Coton s'était toujours intéressé aux missions du Canada. Il en avait certainement parlé à René Rohault et au marquis de Gamaches.
Au moment de dire adieu à sa famille, le jeune homme pensa
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à la mission du Canada si chère au cœur du Père Coton. Il pria son père de consacrer une partie du patrimoine qu'il lui destinait à la fondation d'un collège à Québec. Le marquis était aussi généreux que riche. Homme de foi, il entra volontiers dans les pieuses intentions de son fils, et donna au Père Coton la somme de seize mille écus d'or. Un peu plus tard, il ajouta à ce beau capital une rente annuelle de trois mille livres.
Ce fut le dernier service que le Père Coton rendit aux missions du Canada. Il décéda le 19 mars 1626, quelques jours après l'entrée de René Rohault au noviciat.
Le Père René Rohault mourut au collège d'Eu le 29 juin 1639. Il avait fait ses vœux de profès l'année même de sa prêtrise, le 15 août 1634.
La fondation suggérée par René Rohault ne se réalisa pas tout de suite. La prise de Québec par les frères Kirke et les démêlés de la France et de l'Angleterre la retardèrent un peu, mais René Rohault n'en est pas moins considéré comme le fondateur du collège des Jésuites à Québec.
Source: R. P. Camille de Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France.
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