‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 119 sur 275 · LES ÉTAPES DU COLLÈGE DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

LES ÉTAPES DU COLLÈGE DES JÉSUITES

EN avril 1632, le Père Le Jeune écrit: "Je suis devenu régent en Canada: J'avais, l'autre jour, un petit sauvage d'un côté et un petit nègre de l'autre. Après tant d'années de régence, me voilà enfin retourné à l'A. B. C." L'année suivante, le premier régent de Québec constate ainsi les progrès accomplis: " J'étais, l'an passé, maître de deux écoliers. Je suis devenu riche: j'en ai maintenant plus de vingt."

" Ces élèves d'origines différentes recevaient ainsi chez les Pères, les premiers éléments de l'instruction. Mais ce n'est qu'à l'automne de 1635 que les Jésuites ouvrirent leur première école régulière pour les petits Français. Au mois d'août 1635, le Père Le Jeune écrivait à son général: "Pour le collège, bien qu'il ne soit pas encore érigé, si est-ce que nous commencerons dès cette année à enseigner quelques enfants. Toutes choses ont leur commencement; les plus doctes n'ont su autrefois que les premiers éléments de l'alphabet. En fait, dès 1635, à part la doctrine chrétienne, les Jésuites donnèrent aux petits québécois d'alors la " première teinture des lettres."

" A l'enseignement du catéchisme et du français, on avait déjà ajouté, en 1637, les principes de la langue latine, Dès lors, comme le note le Père de Rochemonteix, il allait falloir, par la force même des choses, aller toujours plus loin. Graduellement, on en viendrait à parcourir le cycle complet des études classiques, la grammaire, les humanités et la rhétorique, puis enfin la philosophie.

" L'intérêt évident de la colonie exigeait qu'il en fût ainsi.

" Vers 1665, le collège qui comptait, semble-t-il, une quarantaine d'élèves vit un cours de théologie s'ajouter au programme. Cette réforme était l'œuvre de l'évêque de Pétrée, anxieux de former un clergé pour desservir les paroisses...

" Mgr Gosselin résume ainsi les étapes parcourues jusqu'aux dernières années du dix-septième siècle: " Le collège a fait ses preuves. Fondé depuis soixante-cinq ans, il ne s'est pas seule-

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ment maintenu, mais il a grandi et prospéré. Depuis quarante ans surtout, une émigration choisie, faite sous la direction des autorités, a grossi considérablement la population et assuré, de ce chef, l'avenir du collège. Québec qui, trop longtemps, n'a eu de ville que le nom, commence à se développer. Par le nombre de ses habitants, sans doute ce n'est encore qu'un bourg, mais un gros bourg qui compte 1549 âmes en 1706, et qui, avec ses palais du gouverneur, de l'intendant et de l'évêque, avec ses communautés de femmes, son séminaire et son collège, peut se donner l'illusion d'être une petite ville française de province. Pour l'instruction, Québec était beaucoup mieux partagée qu'un grand nombre de villes de France plus populeuses."

" Au dix-huitième siècle, le cours classique demeura à peu près tel qu'il avait été organisé au siècle précédent, à cette exception près que les Pères Jésuites se chargèrent en plus de la classe d'hydrographie qu'un séculier avait enseignée jusque-là. Il ne restait plus qu'à perfectionner le cours et à compléter le nombre des professeurs. C'est à quoi les Pères Jésuites s'occupèrent avec l'aide des autorités civiles et religieuses.

" Selon Mgr Gosselin, durant les dernières années de la domination française, le collège des Jésuites dut, comme toutes les communautés de Québec, souffrir du malaise général qu'engendrèrent la guerre et la famine. Cependant, le personnel enseignant était encore au complet en 1756-1757, et probablement en 1757- 1758. Cette année-là, le célèbre Père de Labrosse enseignait la philosophie, l'année suivante il y avait encore des élèves au collège, puisque le séminaire en recevait lui-même trois ou quatre. Mais les classes durent fermer de bonne heure à l'été de 1759, et peutêtre avant. La plupart des élèves, les grands du moins, avaient laissé leurs livres de classe pour prendre les armes."

Source: Les Jésuites à Québec: fêtes du 3'ème centenaire, discours de M. Léon- Mercier Gouin.

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