M. DE QUEYLUS, CURÉ DE QUÉBEC
"TE Père De Quen, supérieur des Jésuites de Québec depuis I 1656, exerçait les pouvoirs de grand vicaire de l'archevê-
— que de Rouen, et avait nommé le Père Poncet pour faire les fonctions curiales à Québec. Montréal était desservi, comme Québec, par les Pères Jésuites.
" Mais les lettres de grand vicaire du supérieur des Jésuites portaient expressément que, dès qu'il y aurait au Canada des ecclésiastiques séculiers munis des mêmes pouvoirs, le supérieur ne ferait plus aucun usage des siens.
" M. de Queylus arrive avec ses compagnons, MM. Galinier, Soûart et D'Allet, dans l'été de 1657. Le Père De Quen, après avoir examiné ses lettres, le reconnaît pour légitime et seul grand vicaire. Sur les instances des Jésuites, M. de Queylus visite la paroisse de Québec, où il est charmé et édifié du bel ordre que le Père Poncet y avait établi. Il confirme ce religieux dans l'administration de la cure, puis part de Québec pour aller faire sa résidence à Montréal, où il nomme curé M. Gabriel Soûart.
" Une bulle de Alexandre VII fut indirectement l'occasion des difficultés qui survinrent. Le Père Poncet l'ayant lue à Québec, sans en prévenir son supérieur le Père De Quen, celui-ci en prit ombrage ; accoutumé à réunir en sa personne les fonctions de grand vicaire et celles de supérieur de sa communauté, il veut éprouver le Père Poncet, lui ordonne de lui rendre les clefs de l'église paroissiale, nomme curé le Père Pijart, et envoie le Père Poncet en mission chez les Iroquois.
" En passant par Montréal, le Père Poncet informa naturellement M. de Queylus de ce qui venait d'arriver, et celui-ci se hâta de descendre à Québec.
" Au lieu de confirmer le Père Pijart dans l'administration de la cure, il résolut d'en prendre lui-même le gouvernement, et s'installa curé de Québec vers la mi-septembre.
" Les Pères Jésuites ne se mirent pas dans le tort: ils cédèrent devant l'autorité de l'archevêque de Rouen, qu'ils avaient tou-
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jours reconnue eux-mêmes, se confinèrent dans leur chapelle, et s'efforcèrent de vivre en aussi bonne harmonie que possible avec le nouveau curé, lui rendant même, dans l'occasion, tous les services qu'il leur demandait.
" Mais il était difficile à la nature humaine de ne pas prendre quelquefois le dessus. Il y avait souvent entre eux et M. de Queylus des froissements désagréables: ils s'observaient et s'épiaient mutuellement. Les Jésuites prétendaient que M. de Queylus, dans ses sermons, les visait sans cesse. Le Père Pijart, dans une lettre privée, qui devint publique, accusait l'abbé d'être violent, et de leur faire une guerre plus fâcheuse que celle des Iroquois. La présence du supérieur des Jésuites au Conseil devait porter ombrage à M. de Queylus, qui n'avait pas droit d'y assister, d'après les termes de l'édit royal.
" La position devint encore plus tendue, lorsque celui-ci intenta une action contre les Jésuites, pour leur faire remettre à la paroisse le nouveau logis qu'ils venaient de bâtir, ou rembourser les 6,000 livres qu'ils avaient reçues des habitants pour cette construction. Ici, il était dans le tort, car les Jésuites, en 1645, avaient été laissés libres de bâtir un presbytère sur le terrain de l'église, ou sur leur propre fonds: seulement, s'ils bâtissaient chez eux, ils devaient rembourser les 6000 livres à la communauté des habitants, ce qu'ils avaient déjà fait.
" De son côté, M. de Queylus, qui, au témoignage de la Mère Juchereau, était un homme d'une rare vertu et d'un mérite distingué, administra la paroisse avec beaucoup de zèle et de fruit.
" M. de Queylus, cependant, pouvait difficilement prolonger son séjour à Québec, près des Pères Jésuites. Aussi, tout le monde se sentit soulagé lorsqu'arrivèrent, dans l'été de 1658, de nouvelles lettres de l'archevêque de Rouen, déclarant qu'il n'exercerait ses pouvoirs de grand vicaire qu'à Montréal, et que le supérieur des Jésuites continuerait de faire à Québec les mêmes fonctions que par le passé. M. de Queylus retourna donc à Montréal."
Source: l'abbé Auguste Gosselin, Vie de Mf de Laval.
Signature de l'abbé de Queylus
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