LES HABITANTS DE STADACONA, ALGONQUINS OU HURONS
Tous les auteurs s'accordent à dire que, au temps de Cartier, les Sauvages de Stadacona et d'Hochelaga parlaient le même dialecte et appartenaient à la même famille. En 1861, en faisant des excavations à Montréal, près des rues Mansfield et Metcalfe, au-dessous de la rue Sherbrooke, on trouvait les restes d'un village et d'un cimetière sauvage. On sortit de terre plusieurs squelettes, des fragments de poterie, d'autres objets travaillés, des os d'animaux sauvages, etc., etc.
M. J.-W. Dawson, principal de l'université McGill, après avoir examiné ces squelettes et ces différents objets, en vint à la conclusion qu'ils appartenaient à l'époque de Cartier, et qu'ils prouvaient que les Sauvages établis à Hochelaga, en 1535, étaient de race algonquine.
Conséquemment, si les Sauvages d'Hochelaga et de Stadacona appartenaient à la même famille, nous devons accepter comme établi que les habitants de Québec au temps de Cartier étaient algonquins. M. l'abbé Ferland semble adopter la thèse de M. Dawson.
Toutefois, l'opinion de M. Dawson fut vivement combattue par le Journal de V Instruction Publique. Son correspondant, Kondiaronk, probablement un ancien missionnaire chez les Hurons, tenta de prouver que les habitants de Stadacona, en 1535, appartenaient à la grande famille huronne ou iroquoise. Il concluait par les lignes suivantes:
"La nation qui avait ses cabanes, ou si l'on veut ses tentes, tabernacula sua, à Hochelaga et à Stadacona, n'était point algonquine, mais huronne ou iroquoise, plus probablement huronne. La douceur et le caractère en même temps rusé et soupçonneux des Sauvages de Cartier font croire qu'ils étaient ou des tribus huronnes, ou de quelque nation très semblable aux Hurons par la langue et par les mœurs, qui auront été entièrement détruites par leurs féroces voisins, les Iroquois, ou repoussées dans l'ouest,
pendant l'intervalle presque séculaire, qui sépare le voyage de Cartier de celui de Champlain."
Dans son Histoire de la colonie française en Canada, M. l'abbé Faillon discute longuement le point en question : les Sauvages de Stadacona et d'Hochelaga étaient-ils des Algonquins ou des Hurons ?
M. Faillon conclut que les Sauvages rencontrés par Cartier à Stadacona et à Hochelaga étaient de race huronne-iroquoise. Il s'appuie principalement sur la langue des habitants de Stadacona.
"A l'arrivée des Européens, dit-il, les deux langues mères qu'on parlait dans ces vastes territoires étaient la langue huronne et la langue algonquine. La langue huronne se divisait en autant de dialectes particuliers qu'il y avait de nations: ainsi les cinq nations que nous appelons iroquoises formaient autant de dialectes différents de cette langue. Et on ne peut douter que les Sauvages des bords du Saint-Laurent, que visita Cartier, ne parlassent quelque dialecte de la langue des Hurons. On sait que, dans son séjour en Canada, ce navigateur recueillit de la bouche des Sauvages les termes dont ils se servaient pour exprimer divers objets et en forma comme un vocabulaire. Tous ces mots, au nombre d'environ cent soixante, appartiennent à la langue huronne; du moins un certain nombre sont incontestablement les mêmes que ceux dont se servent encore aujourd'hui les Hurons- Iroquois pour désigner les mêmes objets. . . Nous devons donc conclure de là que les Sauvages interrogés par Cartier parlaient un idiome de la langue huronne ... Si tous ces mots appartiennent à la langue huronne, il suit que les Sauvages de Stadacona et ceux des quatre habitations situées audessous de ce lieu dont Cartier fait mention, Ajoaste, Starnatam, Tailla, Satadin, appartenaient aussi à la nation huronne, non moins que ceux d'Hochelaga, de Tequenonday et d'Hochelay ..."
Nous avouons qu'il est difficile de ne pas adopter la théorie de l'abbé Faillon.
Sources: The Canadian Naturalisé 1861, articles de J.-W. Dawson; Journal de V Instruction Publique, 1861 et 1864; l'abbé Faillon, Histoire de la colonie française en Canada.