L'AVOCAT JEAN PERONNE DUMESNIL À QUÉBEC
Jean Peronne Dumesnil était avocat au Parlement de Paris. Les affaires de la Compagnie des Cent Associés étant en assez mauvais état, les directeurs décidèrent d'envoyer Péronne Dumesnil à Québec en qualité de contrôleur général, d'intendant et de juge souverain. Il arriva à Québec le 7 septembre 1660, et y resta un peu moins de quatre ans. L'abbé Ferland écrit à son sujet:
" Le gouverneur d'Avaugour et son conseil refusèrent de reconnaître les commissions du sieur Dumesnil, et l'empêchèrent d'exercer ses fonctions. Mais Dumesnil, ancien avocat au Parlement de Paris, était disposé à disputer le terrain pied à pied. Il trouva le moyen d'obtenir les arrêtés de comptes des anciens receveurs de la communauté des habitants; c'étaient les hommes les plus respectables de la colonie, et plusieurs d'entre eux étaient devenus membres du conseil. Comme jusqu'alors on avait plutôt suiyi les règles de l'honnêteté que les formes légales, l'œil perçant et exercé du praticien découvrit l'absence de formalités auxquelles les bons bourgeois n'avaient jamais songé. Aussi Dumesnil réclama bruyamment, non seulement contre les commis et les receveurs, mais encore contre les conseillers, contre les gouverneurs, les Jésuites, les communautés religieuses et l'évêque lui-même. Il voulait faire rendre compte de trois ou quatre millions de francs donnés autrefois par le cardinal Richelieu, la duchesse d'Aiguillon, le commandeur de Sillery et les fondateurs de Montréal."
Peronne Dumesnil s'était servi de moyens plus ou moins honnêtes et légaux pour obtenir ses renseignements. Aussi, dès sa deuxième séance, le 20 septembre 1663, le Conseil Souverain ordonnait au conseiller Villeray de faire perquisition dans les papiers du sieur Peronne Dumesnil pour retracer les pièces lui appartenant qu'il avait pris sans droit en forçant la fenêtre de l'étude de Audouart, ancien secrétaire du Conseil qui avait précédé le Conseil Souverain.
Peronne Dumesnil racontait, lui-même, un peu plus tard, de
quelle façon M. de Villeray s'y prit pour exécuter l'ordre du Conseil Souverain.
" Le vingtième du mois de septembre (1663), dit-il, deux jours après l'établissement du dit Conseil Souverain, les dits Villeray, soi-disant commissaire et conseiller; de Bourdon, procureur-général, accompagnés de deux sergents, d'un serrurier et de dix soldats du Fort bien armés, vont en la maison du dit Dumesnil, intendant et contrôleur-général, et peu auparavant leur juge souverain, sur les 7 à 8 heures du soir, pour piller sa maison, ce qu'ils firent ayant fait rompre la porte de son cabinet, ses armoires et un coffre pris et emporté ce qu'ils ont trouvé dedans, et notamment tous ses papiers dans lesquels étaient leurs procès faits et les preuves de leurs péculats, concussions et malversations, sans aucun inventaire, ni forme de justice, étant le dit Dumesnil, lors des dites violences, tenu et arrêté sur un siège et rudement traité par les dits soldats, jusques à l'empêcher d'appeler du secours et des témoins pour voir ce qui se passait en sa maison et comme il était lié et arrêté."
Le 18 mars 1664, le Conseil Souverain procédait à l'ouverture du coffre du sieur Peronne Dumesnil "pour y faire recherche des papiers concernant le public." Deux jours plus tard, le Conseil dressait l'inventaire des papiers contenus dans le fameux coffre.
Peronne Dumesnil, sentant que le terrain glissait sous ses pieds et qu'il n'aurait pas le dessus avec ses adversaires, s'embarqua pour la France quelques jours plus tard. Il nous apprend que le capitaine Gargot le reçut à son bord à ses risques et périls. " Et fut reçu, dit-il, par le capitaine Gargot dans son navire nonobstant les défenses qui lui en avaient été faites par le dit nouveau Conseil, et que six pièces de canon de la plateforme d'en bas chargés à balles fussent pointés contre son navire pour le faire obéir à leur ordonnance."
On a ici une idée des exagérations et des mensonges du sieur Peronne Dumesnil.
Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXI (1915).
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