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LE " PASSAGE " DE LA RIVIÈRE SAINT-CHARLES

E 10 mars 1626, les Jésuites se faisaient accorder en arrière

de Québec, une seigneurie à laquelle on donna le nom de

— Notre-Dame des Anges. La rivière Saint-Charles tout entière se trouve dans l'ancienne seigneurie de Notre-Dame des Anges.

Le 27 juillet 1667, M. de Tracy signait l'ordonnance suivante en faveur des Pères Jésuites:

" Les Pères Jésuites pourront mettre sur leur seigneurie de la rivière Saint-Charles (Notre-Dame des Anges), tel homme qu'il leur plaira, pour passer et repasser tous ceux qui voudront traverser la dite rivière et défenses sont faites à Renaut et tout autre de passer sans la permission des dits Pères ny empescher en quoy que ce soit celluy que les dits Pères auront mis et les chemins nécessaires pour les passages seront libres de l'un et de l'autre côté de la rivière."

De cette date du 27 juillet 1667 à la fin du régime français, au Canada, les Jésuites conservèrent le privilège de passer les gens sur la rivière Saint-Charles.

Les Jésuites, afin d'empêcher leur passeur de surcharger les habitants pour la traversée de la rivière Saint-Charles, lui avaient fixé un tarif. Ils avaient spécifié que ceux qui seraient seuls (ou seulement l'homme et la femme) ne payeraient, par an, que quarante sols; les familles de trois ou quatre personnes devaient payer trois livres. Les familles plus nombreuses devaient donner quatre livres par année. Si les habitants ne voulaient pas s'accorder avec le passeur sur le prix du passage, celui-ci avait le droit de se faire payer un sol marqué pour le passage de chaque personne.

Le passeur le plus renommé du régime français fut Jacques Glinel. Il conserva le passage de la rivière Saint-Charles, pendant vingt ans, de 1686 à 1706.

En 1707, le seigneur Duchesnay, de Beauport, et bon nombre d'habitants de la rive nord de la rivière Saint-Charles présentaient une requête à l'intendant Raudot pour établir un nouveau passage,

du Palais de l'intendance à la Canardière. Ce passage, disait-on, devait diminuer considérablement le trajet pour les habitants de Beauport. Glinel, remercié de ses services par les Pères Jésuites, était au fond de cette affaire. L'intendant Raudot, ignorant sans doute que les Jésuites avaient un privilège exclusif pour le passage de la rivière Saint-Charles, se rendit à la demande qu'on lui faisait et, le 12 mai 1707, il établissait le nouveau passage et commettait Glinel comme passager. Mais les Jésuites s'adressèrent à Dame Justice et, le 26 mai 1707, le lieutenant général de la Prévôté, M. de Bermen de la Martinière, faisait défense à Glinel " de passer aucuns particuliers de Notre-Dame des Anges ou autres des seigneuries circonvoisines sous quelque prétexte que ce soit à peine de confiscation des canots dont il pourrait se servir comme passager et de telle amende que nous jugerons à propos."

Les Jésuites restèrent donc avec le droit de passage sur la rivière Saint-Charles jusqu'à la Conquête.

Source: Pierre-Georges Roy, Le Vieux Québec.

Signature de Claude de Bermen de la Martinière

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