‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 187 sur 275 · LA HURONNE CÉCILE GANNONDARIS · texte numérisé non relu

LA HURONNE CÉCILE GANNONDARIS

" T" y ne vertueuse Huronne nommée Cécile Gannondaris fut J apportée malade dans notre hôpital où elle mourut le 6 février 1669, d'une manière fort édifiante, après avoir mené une vie très chrétienne ; elle avait la moitié du corps paralytique, et de plus elle souffrait des douleurs si étranges, qu'elle faisait pitié à toutes celles qui la servaient, et l'on admirait en même temps son héroïque patience, elle avait une idée si élevée de la religion, qu'elle charmait tous ceux à qui elle en parlait, non seulement elle avait converti plusieurs Sauvages, mais elle les encourageait à vivre parfaitement, et ses exemples achevaient de les gagner; elle était si solidement instruite dans les mystères, et même si éloquente à les expliquer, qu'on lui adressait les Sauvages étrangers qui demandaient à embrasser la foy, et en peu de jours elle les rendait capables de recevoir le baptême; elle réduisait les plus opiniâtres et les mettait hors de défense, en quoi elle aidait beaucoup les missionnaires, et leur était encore d'un grand secours pour bien apprendre la langue quand ils étaient nouvellement arrivés: son premier mari mourut en saint, étant encore assez jeune, elle l'exhorta elle-même avec un courage plein de grâce et d'onctions, lui fit faire des actes très-fervens, et eut la force de retenir ses larmes de peur de le distraire du souvenir de Dieu ; quatre de ses enfants à qui elle inspirait une grande haine du péché, moururent aussi entre ses bras dans des sentiments d'une dévotion extraordinaire; elle avait un don particulier pour assister les mourants; quoique les Sauvages ne soient pas accoutumés à châtier leurs enfants avec des verges, Cécile n'épargnait point ce châtiment aux siens quand ils le méritaient, et lorsqu'ils pleuraient pendant ce temps-là, elle leur disait: hélas ! mon cher enfant, comment supporterais-tu les supplices des damnés, puisque tu ne peux supporter une si légère punition ? Ne retombe plus dans cette faute de peur que tu ne sois condamné à des peines éternelles.

" Comme elle était fort bien faite, elle fut souvent sollicitée au mal et toujours victorieuse. Une fois entre autres elle prit un

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tison ardent pour chasser un jeune homme qui la voulait séduire, et le poursuivit jusques dehors en lui jetant ce feu à la tête, de sorte qu'il devint la risée publique, tous les Sauvages étant sortis en foule pour être les spectateurs du courage de cette femme contre cet insolent.

" Sa piété était si généralement reconnue, que ceux de sa nation venaient la consulter quand ils doutaient de quelque article de la foy, et elle les éclaircissait avec une netteté et un discernement qui n'avait rien de sauvage; elle était aussi fort estimée parmi les Français des personnes même les plus considérables, Monseigneur l'évêque l'ayant visitée dans sa cabane, elle prenait de là occasion de s'affectionner davantage au christianisme, disant qu'une religion qui enseigne à ceux qui la suivent, quelque nobles, riches et puissants qu'ils soient, de s'abaisser jusqu'à venir consoler une misérable créature dans une pauvre cabane, devait sans doute être la seule véritable.

" Un grand nombre de dames la vinrent voir chez nous, et lui envoyèrent des rafraîchissements qu'elle recevait avec beaucoup de reconnaissance et d'humilité, récompensant toujours ceux qui la visitaient par quelques paroles consolantes qui les portaient à Dieu, elle se recommandait aux prières de tous les gens de bien ; et avant que de mourir elle laissa le plus beau collier qu'elle eût aux Dames de la Sainte Famille de Québec, à condition qu'elles lui donneraient part dans leurs dévotions puisqu'elle était de cette confrérie.

" Aussitôt que cette illustre chrétienne eût expiré, Monseigneur l'évêque fit sonner toutes les cloches de la paroisse de Québec, ce qui ne se pratique point pour les Sauvages qui meurent à l'hôpital, et lui fit faire un service solennel dans la cathédrale, on fit aussi pour elle des prières publiques chez les Hurons, et le principal chef fit son éloge funèbre, exhortant ses compatriotes à ne pas perdre le souvenir de Gannondaris, elle mérite bien en effet que l'on conserve sa mémoire, puisqu'elle s'est si fort distinguée dans la fidélité que tous les chrétiens doivent à Dieu."

Source: Mère Juchereau de Saint-Ignace, Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.

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