‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 192 sur 275 · LE CHEF HURON IGNACE SAOUHENHOHI · texte numérisé non relu

LE CHEF HURON IGNACE SAOUHENHOHI

IES murs de la vieille cathédrale ou basilique de Québec ont vu des cérémonies imposantes. Bien peu, probablement, fu- -* rent plus émouvantes que celles qui s'y déroulèrent le 22 février 1671. Ce jour-là, IVP de Laval, premier évêque de la Nouvelle-France, y présidait les funérailles du chef huron Ignace Saouhenhohi, qui avait toujours été l'ami des Français.

La mission de l'Annonciation de Notre-Dame (Vieille- Lorette), près de Québec, fut établie, on le sait, pour recevoir les débris de l'ancienne nation huronne qui avait été si puissante, pendant un certain temps.

Le Père Chaumonot, Jésuite, eut pendant plusieurs années le soin de cette mission. C'est lui qui prépara à la mort le chef huron Ignace Saouhenhohi et nous a fait connaître la belle vie et la fin édifiante de cet enfant des bois.

Ignace Saouhenhohi tomba malade dans l'hiver de 1670. Lorsqu'on apprit, dans le bourg, la grave maladie du chef, ses amis vinrent lui témoigner toute l'affliction qu'ils auraient de le perdre. Le malade déclara aussitôt au Père Chaumonot que cette compassion ne lui plaisait guère. Père Echom, — c'était le nom sauvage du Père Chaumonot, — lui dit-il, je vous prie d'avertir les pleureurs que je ne prends point de plaisir de voir ces visages mornes et abattus devant moi. Non, non, ce n'est pas d'un chrétien qui souffre son mal en patience et qui l'offre continuellement au bon Dieu, qu'il faut avoir pitié, mais plutôt de ceux qui meurent hors de la vraie foi ou sans avoir reçu les sacrements. Qu'on vienne me visiter tant qu'on voudra, mais que ce soit pour m 'assister de quelque bonne prière et pour m'animer à mourir chrétiennement.

Le lendemain, après sa messe, le Père Chaumonot fit part aux Hurons du désir de leur chef. Pendant les neuf jours que dura encore sa maladie, les visiteurs firent de la cabane d'Ignace Saouhenhohi un lieu d'oraison. Le Père Chaumonot ne pouvait y entrer sans trouver plusieurs Hurons, qui récitaient dévotement leur chapelet.

Page 385

Les enfants du moribond s'étant mis tous deux à genoux devant leur père pour lui demander sa dernière bénédiction, il leur dit simplement ces paroles qui furent comme son testament: — Mes chers enfants, sou venez- vous que je meurs chrétien, donnezmoi la consolation après ma mort de vous voir vivre et mourir dans la même foi.

Comme Ignace Saouhenhohi se sentait baisser, il dit à sa femme: — Bon Dieu, que le Père diffère de me donner l'extrêmeonction. Va lui dire, je te prie, qu'il se hâte, car je crains de n'avoir pas à temps ce sacrement. Est-ce qu'il pense que m'étant confessé et ayant communié, je n'ai pas besoin de ce secours pour l'entier pardon de mes fautes ? Ah ! que Dieu voit bien en moi d'autres péchés que ceux dont je me suis confessé. C'est ce qui me porte de désirer avec ardeur de recevoir ce dernier sacrement, afin que par sa vertu le reste de mes fautes soit effacé.

Fort peu de temps après avoir reçu l' extrême-onction, il tomba en agonie. Pendant deux heures, il demeura immobile, les mains jointes sur la poitrine. Il s'éteignit aussi doucement qu'une lampe lorsque l'huile lui manque. Il ferma, de lui-même, les yeux en rendant le dernier soupir.

M** de Laval, aussitôt qu'il fut informé de sa mort, décida que son service serait chanté dans la cathédrale de Québec, d'une façon très solennelle.

C'est le 22 février 1671 que les habitants de la mission de l'Annonciation de Notre-Dame conduisirent le corps du chef de la tribu à la cathédrale de Québec. Malgré la rigueur du froid et l'état des chemins, hommes, femmes et enfants voulurent lui rendre les derniers devoirs.

Le service se fit avec un grand appareil. Quantité de torches allumées avaient été disposées autour du corps et M^ de Laval, tout son clergé et les principaux personnages civils de la ville s'étaient fait un devoir d'assister aux funérailles.

Signature du Père Joseph-Marie Chaumonnot

Page 386

Page 1