‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 191 sur 275 · LA BRASSERIE DE L'INTENDANT TALON · texte numérisé non relu

LA BRASSERIE DE L'INTENDANT TALON

Dans son Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, M. Thomas Chapais écrit :

" L'une des ordonnances les plus importantes rendues par le Conseil Souverain sous l'inspiration de Talon, fut celle qui concernait l'importation des boissons alcooliques et l'établissement des brasseries. Elle est datée du 5 mars 1668. Il y était dit que la trop grande quantité de vins et eaux-de-vie apportés de France et consommés dans le pays était une occasion de débauche pour plusieurs habitants. Cette surabondance de boissons les divertissait de leur travail et ruinait leur santé par " de fréquentes ivrogneries," et d'ailleurs " les plus purs deniers et effets en étaient extraits par les marchands forains, outre que, si par le retranchement de ces matières, on faisait celui des matières de faire force dépenses inutiles et nuisibles, l'emploi des dits deniers et effets se ferait en choses utiles ou nécessaires qui contribueraient à l'avancement de la colonie, lequel retranchement se pourrait faire sans inconvénient si l'on établissait des brasseries pour faire par la bière supplément aux boissons ci-devant dites, dont on retrancherait la trop grande abondance."

" Talon espérait que l'établissement des brasseries serait très avantageux au Canada, parce que les habitants pourraient écouler ainsi plus facilement le surplus de leurs grains, et que l'ouverture de ce nouveau marché pour les produits agricoles engagerait beaucoup de gens à se livrer à l'agriculture. Mû par toutes ces considérations, le Conseil rendit un arrêt par lequel il était décrété qu'après l'établissement des brasseries on ne pourrait importer de l'ancienne France dans la nouvelle aucuns vins ni eau-de-vie sans avoir obtenu congé du roi, de celui qui aurait pouvoir de Sa Majesté ou du Conseil, à peine de cinq cents livres d'amende applicable par tiers aux seigneurs du pays, à l'Hôtel-Dieu et à celui qui aurait établi la première brasserie. Les permis d'importer, de la part du Conseil, ne pourraient excéder douze cents barriques de boissons alcooliques en tout, dont deux tiers de vin et un tiers

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d'eau-de-vie. Talon était prié de prendre les mesures nécessaires pour la construction et l'équipement d'une ou plusieurs brasseries.

"Les propriétaires de ces établissements devaient avoir pendant dix ans le privilège exclusif de faire de la bière pour le commerce. Le prix de cette boisson était fixé d'avance à vingt livres la barrique, et à six sous le pot, si l'orge était à trois livres le minot ou au-dessous; et si l'orge se vendait plus cher le prix de la bière devait être augmenté en proportion, sur requête au Conseil."

Dès cette année 1668, Talon, afin de donner l'exemple, fit commencer à ses propres frais une brasserie, à Québec. Malheureusement, son absence en Europe de 1668 à 1670 retarda la construction de ce bâtiment et son exploitation.

Le 2 novembre 1671, M. Talon pouvait annoncer au ministre que sa brasserie était terminée.

"Elle est achevée," disait-il, "de manière qu'outre le logement qu'elle peut donner aux charpentiers de l'atelier (de marine) duquel elle est proche, en attendant qu'il lui en soit bâti, elle peut fournir deux mille barriques de bière pour les Antilles, si elles en peuvent consommer autant, et en travailler autres deux mille pour l'usage du Canada, ce qui donnera lieu à la consommation de plus de 12,000 minots de grains par chaque année, les quatre minots faisant le septier de Paris, au bénéfice et au soulagement des laboureurs."

Le gouverneur de Frontenac écrivait en 1672 que dans la construction de sa brasserie l'intendant Talon avait " joint la magnificence à la commodité."

" Malheureusement," dit encore M. Chapais, "cette brasserie ne fut pas longtemps en opération. Vers 1675 on cessa d'y faire de la bière, parce que les fermiers des droits firent venir une grande quantité de vins et d'eau-de-vie que les habitants préférèrent. C'était précisément ce que Talon avait voulu éviter."

La brasserie de M. Talon avait donc été en activité de 1671 à 1675, soit moins de cinq ans.

Cette brasserie fut plus tard vendue au Roi. Réparée, elle servit à loger le Conseil Supérieur et l'intendant.

Source: Thomas Chapais, Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France.

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