PROJETS DE FRONTENAC POUR QUÉBEC
,rontenac fut émerveillé du site de la capitale de la Nou-
A Le 2 novembre 1672, encore sous le coup de l'admiration, il écrivait au ministre :
" Rien ne m'a paru si beau et si magnifique que la situation de la ville de Québec qui ne pourrait pas être mieux postée quand elle devrait devenir un jour la capitale d'un grand empire."
Mais, Frontenac, qui était un homme de goût et d'idées, trouva qu'on avait gâté un si beau paysage en laissant bâtir des maisons un peu partout, au petit bonheur, sans plan et sans alignement, et il disait au ministre :
" Je trouve qu'on a fait jusques ici, ce me semble, une très grande faute en laissant bâtir les maisons à la fantaisie des particuliers, et sans aucun ordre, parce que dans des établissements comme ceux-ci qui peuvent un jour devenir très considérables, on doit, je crois, songer non seulement à l'état présent dans lequel l'on se trouve, mais à celui où les choses peuvent parvenir. Ainsi je ne sais si vous ne jugerez pas à propos, avant que ce désordre augmente davantage, de voir, sur les plans que M. Talon vous en a déjà peut-être envoyés, ou qu'il vous porte (puisque je n'ai pas eu le temps d'en lever un nouveau), l'enceinte à peu près que vous estimeriez qu'on dût donner à la ville, et d'y faire marquer les rues et les places qu'on y pourrait faire, afin que dans la suite lorsque quelque particulier voudra bâtir, il le fasse avec symétrie, et d'une manière que cela puisse augmenter la décoration et l'ornement de la ville. Le magasin que M. Talon y a fait faire pour le Roi, en est un, aussi bien que la brasserie, où il a joint la magnificence à la commodité; mais comme elle est fort éloignée de l'endroit où sont présentement toutes les maisons de la haute et de la basse ville, elle en sera tout à fait dehors, à moins qu'on ne lui donne une très grande enceinte."
L'année suivante, le 13 novembre, Frontenac revenait à la charge auprès du ministre :
velle-France.
Page 389
" Il est nécessaire, si on veut qu'elle (la ville de Québec) s'augmente et s'embellisse, qu'on prenne plus de soin qu'on n'a fait jusqu'ici des alignements des maisons qu'on y construira et que chacun a faites selon son caprice et sa fantaisie et que l'on règle à peu près l'enceinte que l'on lui voudra donner sur le plan que je vous en envoie, afin de voir ensuite comme on se prendra pour tirer les rues et donner des emplacements à ceux qui voudront bâtir; car si on n'en fait un règlement et qu'on ne contraigne ceux qui auront des terres dans l'enceinte qu'on déterminera d'y faire construire des maisons dans un certain temps ou de vendre leur terrain sur un pied qu'on fixera, d'ici à cinq cents ans, il n'y aura pas plus de maisons à Québec qu'il y en a présentement, n'ayant pas un pouce de terre à donner à plusieurs personnes qui m'en demandent pour faire des nouvelles maisons, et la plus grande partie appartenant à des communautés religieuses qui ne se soucient guère et qui même seraient peut-être fâchées que la ville augmentât davantage."
Dans cette même lettre du 13 novembre 1673, Frontenac suggérait au ministre des " livrées et des armes " pour la ville de Québec.
"Je croirais," disait-il, "que les fleurs de lys sans nombre au chef d'or chargé d'un castor de sable lui conviendraient aussi bien avec deux orignaux pour supports et le bleu et le blanc pour les livrées de la ville."
Frontenac terminait en disant:
" J'attendrai sur cela les ordres de Sa Majesté et les vôtres." Le roi ni le ministre ne daignèrent lui répondre sur ce point. Québec resta sans armes jusqu'à la fin du régime français.
Source: Rapport de l'archiviste de la province de Québec pour 1926-1927.
Page 390