‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 205 sur 275 · L'INTENDANT JACQUES DUCHESNEAU · texte numérisé non relu

L'INTENDANT JACQUES DUCHESNEAU

M Talon était parti de Québec à l'automne de 1672. La Nouvelle-France fut trois années sans intendant. M. de • Frontenac, nommé gouverneur en remplacement de M. de Courcelles, administra seul les affaires de la colonie de 1672 à

Le 5 juin 1675, M. Jacques Duchesneau était enfin nommé intendant de la Nouvelle-France pour remplacer M. Talon. Il s'embarqua quelques semaines plus tard et fit enregistrer sa commission par le Conseil Souverain, le 16 septembre 1675.

" Frontenac," dit M. Chapais, " n'avait pas vu arriver d'un bon œil ce fonctionnaire qui venait partager son autorité jusque là sans contrepoids. De son côté, l'intendant était un homme attaché à ses droits et à ses prérogatives, et il était doué d'une grande énergie et d'une rare ténacité de caractère. La mésintelligence ne tarda pas à éclater entre ces deux hommes faits pour ne pas s'entendre. L'administration de M. Duchesneau ne fut qu'un long conflit entre lui et le gouverneur."

Énumérons les principaux conflits qui eurent lieu entre MM. de Frontenac et Duchesneau.

Le gouverneur voulut être désigné dans les procès-verbaux du Conseil Souverain comme " le chef et président de ce Conseil." M. Duchesneau protesta contre cette prétention. Le président du Conseil, prétendait-il, était l'intendant. Cette querelle qui dura plusieurs mois fut appelée la querelle des " intitulations." A la fin, le roi donna raison à M. Duchesneau.

Dans la question de la traite de l'eau-de-vie, l'intendant Duchesneau se rangea du côté de M*1 de Laval. Là encore, il vint donc en conflit avec le gouverneur. La question fut réglée par le roi le 24 mai 1679. Il défendit d'aller vendre de la boisson aux Sauvages dans les bois, mais il permit de leur en vendre dans les habitations.

En 1681, l'arrestation arbitraire du conseiller Damours par les ordres de M. de Frontenac amena un nouveau conflit avec M.

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Duchesneau. Le gouverneur alla jusqu'à se mettre dans la porte du Conseil pour empêcher M. Duchesneau d'en sortir avant de signer un procès-verbal. Cette fois l'intendant eut le dessus en disant au gouverneur: — Je sortirai par la fenêtre ou je resterai ici toute la journée. L'irascible Frontenac fut à la fin forcé de livrer passage à son énergique adversaire.

La nomination du jeune d'Auteuil comme procureur général du Conseil Souverain fut encore une cause de chicane entre le gouverneur et l'intendant.

Les conflits entre MM. de Frontenac et Duchesneau devinrent si fréquents que le roi se décida, en 1682, à rappeler les deux ennemis.

L'intendant Duchesneau, quoi qu'en disent les admirateurs du gouverneur de Frontenac, avait d'excellentes qualités pour l'administration mais il ne put les faire valoir, absorbé constamment par sa lutte avec le gouverneur. M. l'abbé Dudouyt écrivait à M*1- de Laval, en lui annonçant le double rappel du gouverneur et de l'intendant: " M. Duchesneau est aussi rappelé parce qu'on n'a pas voulu révoquer l'un sans l'autre. Cela n'empêche pas que la révocation de M. de Frontenac ne soit la justification de la conduite de M. Duchesneau. Comme il n'a agi et souffert, en tout ce qui s'est passé, que pour satisfaire aux devoirs de sa charge, il en est d'autant plus louable devant Dieu et devant les hommes."

Source: la Presse, de Montréal, 13 juillet 1901, article de Ignotus.

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