STADACONA, DE CARTIER À CHAMPLAIN
Que se passa-t-il sur le rocher de Québec pendant les soixante et quelques années qui s'écoulèrent entre le dernier voyage „de Jacques Cartier et la fondation de la ville que Champlain venait asseoir sur le site de l'ancienne Stadacona ?
A cette question M. N.-E. Dionne fait une réponse qui nous semble très juste, dans son livre La Nouvelle-France de Cartier à Champlain.
" Les rois de France, dit-il, portèrent peu d'intérêt à la Nouvelle-France. Celui qui le premier avait donné l'élan aux explorations françaises dans le nouveau monde, François 1er, était mort avant de voir la réalisation de ses projets de colonisation. Les guerres civiles du règne éphémère de François II, et surtout de celui de Charles IX, ne permettaient guère de songer au Canada. Les esprits étaient plutôt tournés vers la Floride. L'amiral Gaspard de Coligny espérait voir bientôt fleurir le calvinisme dans ces établissements lointains, tandis que pour Catherine de Médicis, mère du roi, c'était un excellent moyen de se débarrasser de gens remuants et détestables. Les troubles religieux sous Henri III et son successeur Henri IV, détournèrent l'attention de ces rois, tant qu'ils eurent à soutenir des guerres intestines, mais pas assez cependant pour ne pas accorder à des courtisans, plus ambitieux de s'enrichir que de fonder des colonies dans la France transatlantique, certains privilèges de traite et d'exploitations minières dans les contrées connues alors sous le nom de terres neuves."
Puis, M. Dionne ajoute:
"Mais si la Nouvelle-France semblait presque complètement ignorée à la cour, il n'en était pas ainsi dans certaines provinces de France. Les pêcheurs et les négociants des côtes maritimes de la Normandie, de la Bretagne, de la Saintonge et de l'Aunis, entretenaient des relations constantes avec les naturels des terres neuves et du Canada. Ces terres nouvelles comprenaient l'île de Baccalaos, l'île des Bretons, le Labrador, et les rives septentrionales de la Grande-Baie de Canada. Il exista depuis Cartier un conti-
nuel va-et-vient auquel les Français prirent la plus large part, sans en excepter toutefois les Espagnols, les Portugais et les Anglais. Cette période n'appartient donc pas absolument au Canada seul, elle relève plutôt de la chronique de chacun des peuples européens qui, durant la dernière moitié du seizième siècle, ne firent qu'aborder à nos rivages, sans s'y arrêter autrement que pour des fins de traite et de pêche. C'est en vain que nous chercherions une sérieuse tentative de colonisation pendant les soixante années qui suivirent la dernière expédition du découvreur du Canada." Et M. Dionne termine en écrivant :
"Il nous faut donc renoncer à prononcer le mot colonisation avant l'arrivée de Champlain à Québec. Ceux qui avant lui portèrent leurs pas sur nos terres inhospitalières, ne firent que préparer les voies au grand mouvement qui, malgré les lenteurs et les symptômes de faiblesse à son début, devait se répandre comme une traînée de poudre le long des deux rives du Saint-Laurent. Nous ne croyons pas cependant qu'il soit téméraire de dire que Jacques Cartier fut le seul vrai précurseur de Champlain, fondateur de la colonie française en Canada."
M. Dionne a raison. Entre Cartier et Champlain, Québec fut certainement visité par des navigateurs français et d'autres nations, mais ils n'y venaient que pour la traite. Aucun ne songea à y faire un établissement permanent.
Source: N.-E. Dionne, La Nouvelle-France de Cartier à Champlain.
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