LES PREMIERS BÂTIMENTS DU SÉMINAIRE DE
QUÉBEC
e Petit Séminaire de Québec s'ouvrit le 9 octobre 1668 dans
une vieille maison qu'avait bâtie et habitée Louis Hébert, — premier colon de Québec.
" Après que l'évêque de Laval fut revenu de France en 1675, il fit bâtir un édifice en pierre " à angle droit avec la paroisse et attenant au chevet de l'église." La bénédiction solennelle de ce nouveau bâtiment eut lieu le 7 décembre 1677 et le lendemain les élèves s'y installaient. La maison Hébert ou Couillard fut alors démolie, et, au mois de mai 1678, le fondateur posait la première pierre de ce qui devait être le corps de logis principal du séminaire proprement dit, qui fut dédié à la Sainte-Famille. C'est le Frère Récollet Luc, qui a laissé dans la colonie une si grande réputation de peintre de tableaux religieux, qui en donna le dessin.
" Laval partit pour l'Europe dans l'automne de la même année, laissant la direction des travaux au supérieur Henri de Bernières. Lorsqu'il revint, en 1680, la construction était bien avancée, et on continua à y travailler sans relâche les années qui suivirent.
" Frontenac, qui voyait s'élever ces édifices, n'en pouvait croire ses yeux. Il en écrivit à la cour pour manifester son mécontentement où perçait un peu de jalousie : "Voyez donc ces grands et superbes bâtiments qu'il fait faire, disait-il, en 1679. Pourtant lui et ses ecclésiastiques étaient plus commodément logés que les gouverneurs. Ce " palais " coûtera plus de 400,000 livres, et il en a déjà fait faire le quart en deux ans. " Et encore plus loin: " Ce palais est situé au milieu d'un jardin qui a été dressé à force de mines et aplani par le moyen de terres apportées de bas en haut du rocher sur lequel il est . . . C'est une dépense extravagante et qui n'est pas nécessaire. "
" Le baron de La Hontan, qui était de passage à Québec en 1684, parle, lui aussi, de la grandeur et de l'architecture de ces édifices comme d'une chose étonnante.
" La Potherie, qui fut ici de 1699 à 1701, signale à son tour le séminaire, tout proche de la cathédrale, sur la plate-forme de la pointe qui donne le nom à Québec. " La face qui regarde le canal, accompagnée de deux pavillons, forme, dit-il, la plus belle vue de la ville. L'aile gauche où est renfermée la chapelle a deux cent vingt pieds de long et la largeur du bâtiment est de trente pieds en dehors. . . Cette maison a coûté environ cinquante mille écus. Les caves sont d'une grande beauté. On dirait, en hiver, que c'est un jardin où toutes les légumes sont par ordre comme dans un potager. "
" De 1690 à 1698, on avait prolongé un des pavillons du côté de la cathédrale, et le corps de logis principal (celui où se trouve la procure aujourd'hui) se trouva réuni à la maison qu'on avait bâtie, au chevet de l'église à angle droit et où se trouvait la porterie.
" La construction de cette aile gauche ferma pour toujours le chemin qui conduisait alors du sommet de la côte la Montagne, à travers le terrain du séminaire, jusqu'à la rue de la Fabrique.
" C'est pendant cette décade que fut bâtie la première chapelle du séminaire. Elle était comme encastrée dans l'aile gauche. Son clocheton donnait dans la direction de la côte la Montagne. Et celui qui gravissait cette pente rapide, lorsqu'il était arrivé au sommet, se trouvait à avoir la porte de la chapelle en face de lui. Pour y pénétrer, il n'avait qu'à continuer sa course par l'avenue qui longe maintenant la façade du palais de l'archevêché et que l'on appelait alors la rue du Parloir.
" Elle était belle, riche même, cette première chapelle, si l'on en peut juger par la description qu'en a laissé la Potherie.
" Lorsque M* de Laval vit ses constructions bien en marche, il se dépouilla purement et simplement de tous les biens qu'il possédait en faveur de son séminaire. "
Source: J.-Edmond Roy, Souvenirs d'une classe au séminaire de Québec.