‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 214 sur 275 · SON ORIGINE · texte numérisé non relu

SON ORIGINE

"Te clergé ne formait alors avec le Séminaire qu'une seule famille. Il n'y avait qu'un cœur et qu'une âme. Biens de

— patrimoine, bénéfices simples, pensions, présents et honoraires, tout était en commun. Il n'y avait ni riches ni pauvres; il n'y avait que des frères. Les règlements que M81 de Laval avait imposés exigeaient le plus complet désintéressement. Les ecclésiastiques, y disait-il, ne se regarderont pas comme propriétaires de ce qui leur sera assigné pour leur subsistance. Ils rendront compte tous les ans de leur temporel. Les prêtres, en mission, viendront tous les ans faire une retraite. Ils seront regardés comme les enfants de la maison; ils y seront soignés en santé et en maladie, et ils y trouveront un asile dans leur vieillesse.

" Parlant des prêtres du Séminaire, l'évêque de Saint- Vallier, dans le premier séjour qu'il fit à Québec alors qu'il n'était encore que grand vicaire, disait de son côté :

" Le détachement dont ils font profession, la charité qui les unit, l'assiduité qu'ils ont au travail et la régularité qu'ils s'efforcent d'inspirer à tous ceux qui sont sous leur conduite m'ont donné une très vive consolation. Il me semble voir revivre quelque chose de l'église du temps des apôtres. "

" Le sarcastique baron de La Hontan ne peut s'empêcher, malgré le désir qu'il a de mordre un peu tout le monde, de louanger ces pauvres prêtres qui vivent en communauté comme des religieux, qui se contentent du nécessaire et ne se mêlent uniquement que des affaires de leur église où le service se fait à l'usage de Rome. "

" Voilà pour les prêtres. Mais quelle vie menaient les élèves du Petit Séminaire ? Elle était des plus austères, si nous en jugeons par les anciens règlements dont Y Abeille du 31 mai 1860 a publié des extraits. Dès leur entrée, ils devaient faire une confession générale de toute leur vie, et se confesser ensuite tous les samedis, et le soir de ce jour là, le jeu n'était pas permis. Tous les

jours, ils récitaient en leur particulier l'office de la Conception, et ceux qui ne savaient pas lire suffisamment disaient un deuxième chapelet au lieu de l'office. Hors du temps des exercices religieux, tous s'occupaient de quelques métiers ou faisaient des travaux utiles au Séminaire ou aux églises. Ils avaient chacun une chambre particulière meublée d'une simple boîte qui ne fermait pas à clef, et qui leur servait de lit. Cette chambre, ils la devaient euxmêmes balayer et en faire le ménage.

" Le séminaire n'avait ni les ressources pécuniaires, ni le logement convenable, ni les professeurs nécessaires à un cours complet d'études. Aussi, les pensionnaires allaient-ils en classe avec les externes du collège des Jésuites. Et ce système se continua jusqu'à la prise de Québec par les Anglais en 1759.

" Les vieilles annales nous font voir qu'il y avait chez les Jésuites une première et une seconde année de philosophie, une rhétorique et une seconde, une troisième et une quatrième, non pas ensemble, mais alternativement tous les deux ans. Il y avait aussi une classe de rudiments et une petite école pour ceux qui ne savaient pas lire. La durée des études variait selon la science et l'aptitude des élèves; elle était ordinairement de cinq à sept ans. Quelques-uns des élèves venaient de France, commencer ou continuer ici leurs études. On remarque, dans les listes qui ont été conservées, des commis, des apprentis et même des soldats. Ceux qui ne témoignaient point d'aptitude ou de goût pour les études sortaient après avoir appris le métier de couvreur, de maçon, de cordonnier, de voiturier, de charpentier, de sculpteur, de serrurier, de menuisier. La sculpture était surtout en grand honneur ; les ecclésiastiques du grand séminaire avaient un atelier bien garni et les écoliers leur aidèrent à temps perdu entre les études à sculpter les ornements de la chapelle que la Potherie trouvait si beaux."

Source: J.-Edmond Roy, Souvenirs d'une classe au séminaire de Québec.

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