‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 219 sur 275 · COLBERT ET QUÉBEC · texte numérisé non relu

COLBERT ET QUÉBEC

Colbert," dit M. Desrosiers, "fut l'un des génies protecteurs que la Providence plaça auprès du berceau de notre jeune patrie pour diriger ses premiers pas, et jeter les fondations de sa grandeur future."

C'est Colbert qui nous envoya M. de Tracy. C'est également ce ministre de talent qui mit à la tête de la colonie les gouverneurs de Courcelles et de Frontenac, et les intendants Talon et Bouteroue. Relisons comment Colbert comprenait les devoirs d'un intendant du Canada :

" Il faut," disait-il, " que l'intendant connaisse bien le revenu du pays, l'emploi des deniers, les dettes déjà contractées, afin qu'il remédie à tout. Il doit particulièrement observer que les habitants s'étant établis à des distances trop grandes, on ne peut leur venir en aide en cas d'alerte et ils ne peuvent non plus se porter secours. Désormais les défrichements seront faits de proche en proche. Il faut que l'intendant s'occupe de faire préparer des terres et des habitations chaque année."

On a écrit que les ministres du roi empêchèrent l'industrie de se développer au Canada. Les successeurs de Colbert eurent peutêtre ces idées, mais le grand ministre, tout en voulant faire de la Nouvelle-France une contrée agricole, n'était pas opposé à l'industrie. Au contraire, puisqu'il spécifiait dans les devoirs de l'intendant:

" Il aura à établir des manufactures et à attirer des artisans pour les choses les plus nécessaires dont on trouve les matières premières si abondamment dans le pays, et dès lors on ne sera plus obligé d'y importer à grands frais de la toile, des draps, des coiffures et des chaussures, et on peut compter pour cela sur l'aide du roi qui est persuadé qu'il ne peut employer une forte somme d'argent à un meilleur usage."

" L'intendant," dit encore Colbert dans une pièce écrite de sa propre main, " doit faire le recensement de tous les habitants du pays, faire tenir registre des baptêmes, décès et mariages, renou-

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vêler le recensement chaque année;. . . il doit tenir à l'administration fidèle et sans frais de la justice, bannir les chicanes, les divisions, les contentions; visiter souvent les familles et les assister, prendre soin des malades, etc., etc."

Colbert suivait les affaires de la colonie avec la plus grande attention et s'intéressait non seulement au côté matériel, mais aussi au côté moral et religieux.

Le ministre voulait le progrès de la petite ville de Québec. C'est d'après ses instructions et ses encouragements que l'intendant Talon fit construire une tannerie, puis une brasserie, à Québec même. La construction des vaisseaux à Québec reçut l'encouragement de Colbert. Il aurait voulu voir s'établir à Québec des manufactures de cordes, de toile à voile, de serges, de savon, de potasse, etc., etc. Une partie seulement de ses projets se réalisèrent.

Colbert favorisa de tout son pouvoir le séminaire de Québec, le collège des Jésuites, le couvent des Ursulines, l'Hôtel-Dieu.

" Il n'oubliait pas l'éducation religieuse et morale qui est la base de toute société durable." En 1667, il envoyait six mille livres pour l'éducation à Mp de Laval, le suppliant de continuer ses bons soins pour l'éducation, parce que " c'est le meilleur moyen d'établir la colonie et de servir Dieu et le prince dans toutes les positions."

Une toute petite rue de Québec rappelle le souvenir du ministre Colbert qui fit tant pour la capitale et tout le pays. Le grand ministre ne mérite-t-il pas plus? Sa statue, il nous semble, ne déparerait pas l'ancien faubourg Saint-Nicolas, devenu le quartier industriel et commercial du Palais. C'est là que l'intendant Talon, avec l'aide de Colbert, établit sa brasserie qui fut probablement la première manufacture de la Nouvelle-France.

Source: Colbert et le Canada.

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