LA MAISON DE LA PROVIDENCE DE LA SAINTE- FAMILLE
" TT^v ans une visite qu'il fit à Montréal, M. de Saint- Vallier fut 1 frappé de l'esprit de piété et de ferveur qu'il remarqua dans la maison de la Providence, où la sœur Bourgeoys avait réuni de grandes filles pauvres pour leur apprendre à travailler et à vivre chrétiennement. Ce prélat désira donc de procurer un semblable établissement à sa ville épiscopale; et jugeant que les sœurs de la Congrégation, dont Dieu se plaisait à bénir si visiblement toutes les entreprises, étaient seules capables de le former et de lui communiquer le même esprit, il écrivit à la sœur Bourgeoys pour lui offrir d'en prendre la conduite. Il acheta pour cela, le 13 novembre 1686, une maison avec cour et jardin, dans la haute ville, proche de la grande place Notre-Dame, et enfin on choisit, pour être à la tête de l'œuvre, la sœur Marie Barbier, à laquelle on adjoignit la sœur Saint-Ange, envoyée de Ville-Marie à ce dessein. Le prélat ne fut point trompé dans son attente.
" M. de Saint- Vallier, charmé du succès de l'établissement de la Providence, désira que les sœurs de la Congrégation étendissent à toutes les petites filles en général le bienfait de l'éducation, en ouvrant des écoles gratuites pour elles, comme elles le faisaient à Ville-Marie et ailleurs. Elles commencèrent donc, en l'année 1688, ce nouvel établissement dans la maison de la haute ville, qui même fut bientôt destinée à ce seul usage.
" Car, l'année suivante, M. de Saint- Vallier, voyant les grands avantages de la maison de la Providence, conçut le dessein d'un autre établissement qui pût être d'une utilité plus générale à la classe indigente. Ce fut de fonder à Québec un hôpital sur le modèle des maisons établies dans la plupart des villes de France, connues sous le nom d'hôpitaux généraux, où l'on renfermerait les pauvres mendiants pour les y employer à divers ouvrages, afin d'empêcher l'oisiveté de ceux qui négligeaient de travailler, quoiqu'ils fussent encore en état de se rendre utiles. Ayant donc vu par expérience les bénédictions que Dieu se plaisait à verser sur les
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travaux des sœurs de la Congrégation, il jugea qu'elles étaient très propres à procurer le succès de ce nouvel établissement ; et, en conséquence, au printemps de 1689, il écrivit à la sœur Bourgeoys pour l'engager à faire le voyage de Québec, afin d'en conférer avec elle.
" Elle n'eut pas plutôt appris les désirs du prélat, qu'incontinent elle se mit en chemin à pied, car la navigation n'était pas encore libre à cause des glaces. Dans ce voyage, elle eut à endurer des fatigues incroyables, étant obligée souvent de se traîner sur les genoux, tantôt dans les neiges, tantôt sur la glace, et quelquefois dans l'eau. A Québec, elle apprit donc de M. de Saint- Vallier le dessein de la charger de la direction de l'Hôpital général, qu'il voulait substituer à la Maison de la Providence; quoiqu'elle vît bien qu'une œuvre de cette nature était peu compatible avec la fin de son institut, la Sœur Bourgeoys entra néanmoins aveuglément dans les vues du prélat, et se livra à des travaux durs et humiliants, portant elle-même sur ses épaules, de la basse ville à la haute, les meubles et les ustensiles nécessaires au nouvel établissement. Pour seconder les desseins de son évêque, elle appela à Québec la sœur Anne Hioux, qui depuis près de quatre ans dirigeait la mission de la Sainte-Famille dans l'île d'Orléans, et envoya la sœur Marie Barbier pour tenir sa place.
" Ainsi les sœurs de la Congrégation furent l'instrument dont la divine Providence se servit pour donner un commencement à l'Hôpital général de Québec, où tant de personnes délaissées devaient trouver des ressources assurées contre la misère, et des moyens abondants de sanctification et de salut. Elles en eurent la conduite jusqu'en l'année 1692, où le prélat, après avoir obtenu des lettres patentes du Roi en faveur de cette maison, se décida à la confier à des filles qui gardassent fa clôture, et y mit des Hospitalières.
" Dieu voulut sans doute que M. de Saint- Vallier changeât ainsi de vues à l'égard des sœurs de la Congrégation pour les faire rentrer dans les fonctions propres de leur institut, l'instruction et la sanctification des jeunes filles. "
Source: l'abbé Faillon, Vie de la Sœur Bourgeoys.
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