‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 245 sur 275 · LE PALAIS DE L'INTENDANCE · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE L'INTENDANCE

Fndant les premières vingt-cinq années de son existence le Conseil Souverain ou Supérieur siégea au château Saint- Louis.

Le 10 mars 1685, un arrêt du conseil d'État de Sa Majesté transférait le Conseil Supérieur dans l'ancienne brasserie de M. Talon: " a ordonné et ordonne que sitôt que le dit bâtiment sera achevé et en état de recevoir le dit Conseil, les officiers qui le composent seront tenus de s'y assembler aux jours et heures accoutumés pour y faire les fonctions de leurs charges. . . "

Les réparations se firent si lentement que ce ne fut qu'à la fin de novembre 1688, que le Conseil Supérieur put se transporter dans l'ancienne brasserie Talon. Il y siégea pour la première fois le 10 janvier 1689. L'intendant y transporta en même temps son logement particulier. La brasserie prit dès lors le nom de Palais de l'intendant ou de Palais de l'intendance.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1713, le Palais de l'intendance fut entièrement détruit par le feu. Dans sa lettre du 11 février 1713, le gouverneur de Vaudreuil disait au ministre: " Le Roi perd par cet incendie une maison qui ne valait pas grande chose et qui était un vrai brûlot, étant rempli que de vieux lambris et de cloisons partout." L'intendant Bégon perdit dans cet incendie son secrétaire Seurrat, son valet de chambre et deux femmes de service.

Le Conseil Supérieur, la Prévôté et l'intendant Bégon reçurent l'hospitalité de M81 de Saint- Vallier dans son Palais épiscopal, en attendant la reconstruction du Palais de l'intendance.

Ce ne fut qu'en 1719 que le nouveau Palais fut prêt à recevoir le Conseil Supérieur, l'intendant et les différents services.

En 1720, le Père de Charlevoix faisait la description suivante du nouveau Palais de l'intendance:

** La maison de l'intendant se nomme le Palais, parce que le Conseil Supérieur s'y assemble. C'est un grand pavillon dont les deux extrémités débordent de quelques pieds, et où l'on monte par

un perron à double rampe. La façade du jardin, qui a la vue sur la Petite Rivière, et qui y conduit de plein pied, est beaucoup plus riante que celle de l'entrée. Les magasins du Roi sont sur la cour à droite, et la prison est derrière."

Le 28 décembre 1725, le Palais de l'intendance était de nouveau la proie des flammes. Les magasins et les hangars qui étaient dans la cour du Palais, seuls, furent sauvés. Les murailles et les voûtes, toutefois, restèrent debout et en bon état.

Cette fois les réparations se firent si rapidement qu'à l'automne de 1726, l'intendant Dupuy pouvait y prendre son logement. Les plans de la restauration avaient été préparés par M. Chaussegros de Léry, mais l'intendant Dupuy y exécuta des changements considérables qui firent monter le coût de ces réparations à une somme énorme.

Dans le récit de son séjour à Québec, en 1749, Kalm parle ainsi du Palais de l'intendance:

" La maison de l'intendant, édifice public aux dimensions palatiales et à toit couvert en fer-blanc, est situé dans une seconde basse ville, vers le midi, sur la rivière Saint-Charles, donnant au nord sur un beau et grand jardin. C'est dans cette maison que se tiennent les délibérations sur les affaires de la Province, — et les messieurs qui ont la direction de la police, et ceux qui sont revêtus de l'autorité civile y ont leurs séances, sous la présidence de l'intendant; dans les affaires de grande importance, le gouverneur général assiste à ces réunions. La maison de l'intendant est entre les magasins de la Couronne et la prison."

Joseph Bouchette écrivait, en 1815:

" Du côté ouest de la rue Saint-Nicolas, et en face de celle de Saint- Vallier, on voit les ruines du palais de l'intendant. Après la conquête en 1759, on y fit assez peu d'attention, et en 1775 il acheva d'être ruiné comme palais, car lorsque les Américains, sous Arnold, bloquèrent la ville, ils trouvèrent moyen d'établir un corps de troupes en dedans, mais ils en furent bientôt après délogés par les bombes lancées de la garnison, qui y mirent le feu, et il fut presque entièrement consumé."

Page 488

Page 1