SIR WILLIAM PHIPPS DEVANT QUÉBEC
E 5 octobre 1690, un Abénaquis, qui avait fait le voyage de
l'Acadie à Québec en moins de douze jours, avertissait M.
— Provost, commandant dans la capitale en l'absence de M. de Frontenac, alors à Montréal, qu'une flotte d'une trentaine de vaisseaux était partie de Boston depuis six semaines pour venir faire le siège de Québec. Deux jours plus tard, le sieur de Cannanville informait M. Provost qu'il avait vu vers Tadoussac vingtquatre bâtiments anglais, dont huit lui avaient paru fort gros.
M. Provost était un officier d'expérience, intelligent et actif. Il envoya avertir M. de Frontenac, à Montréal, et commença tout de suite à fortifier Québec.
Le Père de Charlevoix parle ainsi des travaux de défense improvisés par M. Provost:
" Les fortifications commençaient au Palais, sur le bord de la petite rivière Saint-Charles, remontaient vers la haute ville qu'elles environnaient et venaient finir à la Montagne, vers le Cap aux Diamants. On avait aussi continué depuis le Palais, tout le long de la grève, une palissade jusqu'à la clôture du Séminaire où elle était terminée par des rochers inaccessibles qu'on appelle le Saultau-Matelot, et là il y avait une batterie de trois pièces. Une seconde palissade, qu'on avait tirée au-dessus de la première, aboutissait au même endroit et devait couvrir les fusilliers.
" La basse ville avait deux batteries, chacune de trois pièces de dix-huit livres de balle, et elles occupaient les intervalles de celles qui étaient à la haute ville. Les issues de la ville où il n'y avait point de portes étaient barricadées avec de bonnes poutres et des barriques pleines de terre en guise de gabions, et les dessus étaient garnis de pierres. Le chemin tournant de la basse ville à la haute était coupé par trois différents retranchements de barriques et de sacs pleins de terre avec des manières de chevaux de frise. Dans la suite du siège on fit une seconde batterie au Saultau-Matelot et une troisième à la porte qui conduit à la rivière Saint-Charles. Enfin, on avait disposé quelques petites pièces de
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canon autour de la haute ville, et particulièrement sur la butte d'un moulin qui servait de cavalier."
En arrivant à Québec le 14 octobre, à dix heures du matin, M. de Frontenac apprit que la flotte anglaise était au pied de la Traverse.
" Ce qui me consola un peu, dit M. de Frontenac dans sa lettre au ministre, fut de voir la résolution et la gaieté qui paraissaient sur les visages des habitants de la ville et des lieux circonvoisins que le sieur Provost, major, avait fait jeter dedans. Je fus aussi fort content des batteries et de tous les autres retranchements qu'il avait fait faire, et qu'on n'aurait pas dû croire se pouvoir achever en quatre ou cinq jours de temps qu'il avait eus seulement, ce qui marquait son soin, son application et sa vigilance."
Le gouverneur Frontenac avait donné ordre aux milices de Montréal et des différentes paroisses échelonnées le long du fleuve, de se mettre immédiatement en route pour Québec, afin de prendre part à la défense de la ville.
Le 15 octobre, M. de Vaudreuil, commandant des troupes, alla à la découverte avec un parti de cent hommes. Il revint le 16, à trois heures du matin, après s'être assuré que la flotte anglaise était mouillée à l'Arbre-Sec, à trois lieues de Québec.
En effet, dès qu'il fit jour, les bourgeois de Québec qui s'aventurèrent sur les fortifications purent voir la flotte ennemie composée de trente-quatre navires de tonnage différent. A mesure qu'elle avançait, les plus petits bâtiments se rangeaient le long de la côte de Beauport, entre l'île d'Orléans et la rivière Saint- Charles, les autres tenaient le large. Un peu avant dix heures, tous les vaisseaux étaient ancrés.