‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 249 sur 275 · QUI ABATTIT LE PAVILLON DU VAISSEAU DE PHIPPS · texte numérisé non relu

QUI ABATTIT LE PAVILLON DU VAISSEAU DE PHIPPS

oseph Marmette, dans ses Machabées de la Nouvelle-France,

" M. de Sainte-Hélène, qui passait pour le meilleur artil-

leur de la colonie, commandait une batterie de canons établie sur l'un des quais de la basse ville; une des premières pièces qu'il pointa abattit le pavillon amiral qui tomba dans le fleuve où quelques Canadiens allèrent le chercher à la nage. Ce trophée fut porté en triomphe à la cathédrale à la voûte de laquelle il resta suspendu jusqu'en 1759."

La Mère Juchereau de Saint-Ignace écrit dans son Histoire de V Hôtel- Dieu de Québec:

" Nous n'avions pas de canonniers; deux capitaines, M. de Maricourt et M. de Lotbinière, prirent soin des batteries et pointaient le canon, mais si juste qu'ils ne perdaient point de coup. M. de Maricourt abattit avec un boulet le pavillon de l'amiral et sitôt qu'il fut tombé nos Canadiens allèrent témérairement dans un canot d'écorce l'enlever et le tirèrent jusqu'à terre à la barbe des Anglais."

D'un autre côté, M. Le Roy de la Potherie, qui fut contrôleur de la marine dans la Nouvelle-France de 1698 à 1701, écrivait au ministre de Pontchartrain en 1700:

" N'était-ce pas une chose étrange que, lorsque le général Phipps vint attaquer Québec avec toutes les forces de la Nouvelle- Angleterre il n'y avait pas une âme pour tirer sur les vaisseaux anglais que l'on aurait coulé à fond. Il n'y eut que M. de Mines, qui est lieutenant de vaisseau en France, qui savait pointer le canon et qui eut l'adresse de couper le pavillon de l'amiral."

M. de la Potherie était le beau-frère de M. de Mines. Il avait dû puiser son renseignement à bonne source.

Le gouverneur Frontenac tenait M. de Mines en très haute estime. Il écrivait au ministre le 20 octobre 1691 :

" Je ne saurais m'empêcher de vous représenter que le sieur de Mines, capitaine dans le détachement des troupes de la marine,

écrit :

Page 495

est un de ceux qui le méritent plutôt (qu'on ait quelque égard à leurs services), parce que c'est un très bon officier, qui s'est distingué dans le siège de Québec, comme je le mandais à feu M. le marquis de Seignelay, et que s'il jugeait à propos de l'avancer dans les premières promotions qu'il ferait des charges de la marine, et ayant plus de treize ans qu'il est enseigne de vaisseaux, cela donnerait une grande émulation à tous les officiers qui sont ici et qui ont servi aussi dans le même corps de faire encore mieux leur devoir, voyant que pour être éloignés ils ne sont pas oubliés."

M. de Mines fut tué au siège de Gibraltar (1704-1705). Il avait épousé une des filles du seigneur de Saint-Ours.

Lequel de ces trois braves, Lemoyne de Sainte-Hélène, Lemoyne de Maricourt ou le sieur de Mines, abattit le pavillon de Phipps ?

Il est prouvé que Lemoyne de Maricourt n'était pas à Québec à l'heure où on abattit le pavillon du vaisseau-amiral de Phipps. Il reste donc Lemoyne de Sainte-Hélène et M. de Mines.

Celui qui tire un coup de canon fait jusqu'à un certain point ouvrage de manœuvre. L'important est de bien viser afin que le coup porte. MM. Lemoyne de Sainte-Hélène et de Mines n'auraient-ils pas tous deux pointé l'heureux coup de canon du 1$ octobre 1690 ?

Signature de Le Roy de la Potherie

Page 496

Page 1