À LA NAGE OU À LA RAME
A propos du pavillon du vaisseau amiral de Phipps abattu par Lemoyne de Sainte-Hélène ou le sieur de Mines, Joseph Marmette, dans son roman François de Bienville, nous fait assister à une scène qui nous montre de façon saisissante la bravoure des défenseurs de Québec en 1690.
Le dialogue a lieu entre MM. Lemoyne de Maricourt, Lemoyne de Bienville et Louis D'Orcy:
" — Vous arrivez à temps, messieurs, dit alors le sieur de Maricourt à son frère Bienville et à Louis D'Orcy; car je viens de parier avec le chevalier de Clermont que j'abats le pavillon de l'amiral des trois premiers coups que je tire sur l'ennemi. Le chevalier prétend que le vaisseau de Phipps se trouve hors de la portée d'une pièce de vingt-quatre. Qu'en dis-tu Bienville ?
" Celui-ci mesura du regard l'espace libre qu'il y avait entre la flotte et le quai, puis se retournant vers son frère :
" — Je soutiens ton pari contre le chevalier de Clermont. . . Bien plus, la marée monte; or, je m'engage à aller chercher à la nage ce pavillon anglais qui flottera sur les eaux avant un quart d'heure."
Puis, le romancier nous montre les trois gentilshommes se jetant dans le fleuve pour aller chercher à la nage le pavillon amiral qui vient d'être abattu.
Est-ce à la nage ou en canot que les Canadiens allèrent chercher le pavillon de Phipps, le 16 octobre 1690 ?
Marmette a pris, sans doute, son renseignement dans V Histoire de la Nouvelle-France du Père Jésuite Charlevoix:
" Dès qu'il (le parlementaire) fut arrivé à bord (du Six Friends) on commença de tirer d'une des batteries de la basse ville, ce qui surprit fort les Anglais; Phipps surtout ne revenait point de son étonnement de se voir obligé d'assiéger dans les formes une ville où il s'était flatté qu'on n'aurait pas la hardiesse de l'attendre autrement que pour se soumettre à lui.
" Mais ce fut bien pire encore, quand, du premier coup de
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canon, son pavillon ayant été abattu et la marée l'ayant fait dériver, quelques Canadiens allèrent le prendre à la nage, et, malgré le feu qu'on faisait sur eux, l'emportèrent à la vue de toute la flotte: il fut porté sur-le-champ à la cathédrale où il est encore."
Sur qui le Père de Charlevoix s'est-il appuyé pour écrire que les Canadiens allèrent chercher le pavillon de Phipps à la nage ?
Des dix-neuf relations du siège de 1690 publiées par M. Ernest Myrand, six parlent de la capture du pavillon amiral anglais, mais deux seulement rapportent de quelle façon fut opérée cette prise glorieuse.
La Mère Juchereau de Saint- Ignace écrit:
" Deux capitaines, M. de Maricourt et M. de Lotbinière, prirent soin des batteries et pointaient le canon, mais si juste qu'ils ne perdaient point de coups. M. de Maricourt abattit avec un boulet le pavillon de l'amiral, et sitôt qu'il fut tombé nos Canadiens allèrent témérairement, dans un canot d'écorce, l'enlever et le tirèrent jusqu'à terre, à la barbe des Anglais."
M. Myrand, dans son livre Sir William Phipps devant Québec, a étudié cet épisode de la capture du drapeau amiral avec un soin méticuleux et il en est venu à la conclusion que c'est en canot et non à la nage que les Canadiens allèrent le chercher dans les eaux du Saint-Laurent. Ils n'en eurent pas moins de mérite: le danger était aussi grand.
Source: Ernest Myrand, Sir William Phipps devant Québec.
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