UN PRISONNIER DE GUERRE BIEN TRAITÉ
A l'automne de 1691, un vaisseau anglais fut capturé dans les eaux de la baie Verte, et quelques négociants importants de Boston qui se trouvaient à bord de ce navire furent amenés prisonniers à Québec. Le sieur Nelson, riche marchand, était au nombre de ces derniers.
Le gouverneur Frontenac avait eu une correspondance avec Nelson et il avait été très satisfait de ses lettres.
Au lieu de le mettre en prison comme les prisonniers de guerre ordinaires, il le logea au château Saint-Louis. Nelson était prisonnier sur parole et circulait dans la ville comme il l'entendait.
Le baron de La Hontan, qu'il ne faut pas toujours croire cependant, raconte une curieuse histoire où le sieur Nelson joua un rôle de nabab.
Le gouverneur Frontenac qui aimait à faire des mariages avait rêvé d'unir la fille d'un conseiller au Conseil Souverain, qui était sa filleule, à un capitaine des troupes. La Hontan ne nomme pas le capitaine en question mais on lit facilement entre les lignes qu'il s'agit de lui-même. Quant à la jeune demoiselle, filleule du gouverneur, nous savons que c'est Geneviève Damours.
" L'officier, dit La Hontan, trouvant la table du gouverneur autant de son goût que la compagnie de celle qui s'y trouvait assez souvent, résolut, pour se tirer d'affaires, de demander du temps pour y penser. On lui accorde deux mois; après quoi voulant allonger la courroie il en souhaita encore deux, que l'évêque lui fit donner. Cependant, le dernier étant expiré au grand regret du cavalier qui jouissait du plaisir de la bonne chère et de la vue de sa demoiselle, fut obligé de se trouver à un grand dîner que M. Nelson, gentilhomme anglais, voulut donner aux futurs époux, au gouverneur, à l'intendant, à M. l'évêque et à quelques personnes de considération, et comme ce généreux Anglais était ami du père et des frères de la demoiselle par des raisons de commerce, il offrit mille écus le jour des noces qui joints à mille que l'évêque donnait, et mille autres qu'elle avait de son patrimoine avec sept ou huit
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mille que M. de Frontenac offrait en congés, sans compter un avancement infaillible, faisaient un mariage assez avantageux pour le cavalier."
Pour faire une courte histoire du roman du baron de La Hontan, disons que le sieur Nelson garda ses mille écus puisque le jeune capitaine n'épousa pas la fille du conseiller. Il est vrai qu'il perdit les bonnes grâces du comte de Frontenac mais il était accoutumé à la déveine et il s'en consola assez facilement.
La grande liberté dont jouissait Nelson à Québec parut excessive à la cour et le ministre en blâma le gouverneur de Frontenac. Celui-ci qui avait la décision prompte se débarrassa alors du sieur Nelson, en l'envoyant en France. Il fut détenu au château d' Angoulême.
Nelson fut relâché sur parole au bout d'un an. Il devait fournir un cautionnement de 15,000 louis pour garantir la promesse qu'il avait faite de faire remettre en liberté un certain nombre de prisonniers français de la garnison de Port-Royal.
En 1722, le baron de Saint-Castin, prisonnier à Boston, fut généreusement traité par M. Nelson. Il se rappelait sans doute les bons traitements reçus du gouverneur Frontenac pendant sa douce captivité de 1691 à Québec.
Source: La Hontan, Nouveaux Voyages dans l'Amérique septentrionale; la Presse, de Montréal, article de Ignotus.
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