L'ERMITAGE OU CHAPELLE SAINT-ROCH À QUÉBEC
EN 1692, les Pères Récollets consentaient à abandonner leur couvent de Notre-Dame des Anges à M81 de Saint- Vallier, évêque de Québec, afin de lui permettre d'y établir son Hôpital général. Les Récollets devaient transporter leur couvent dans l'hospice de la haute ville, près de la Place d'Armes, qu'ils avaient construit en 1681-1682. Comme les Récollets voulaient se réserver quatre arpents de leur propriété pour y bâtir un petit ermitage et avoir un jardin potager, de Saint- Vallier préféra leur payer douze cents livres en plus du prix convenu pour leur donner les moyens de faire l'acquisition d'un autre terrain sur le bord de l'eau.
Dans le contrat d'échange passé entre de Saint- Vallier et le gouverneur de Frontenac, syndic apostolique des RR. PP. Récollets, le 26 septembre 1692, il est dit:
"... de plus le d. terrain (terrain de la haute ville) n'estant pas encore suffisant, à raison des acquisitions à faire pour un jardin dont les Pères puissent tirer les légumes et racines nécessaires à leur subsistance, et que d'ailleurs ils ont besoin d'un lieu de débarquement pour la petite chaloupe qu'ils ont à voiturer leurs provisions au lieu de quatre arpents de terre que les d. religieux voulaient se réserver de celles de Notre-Dame des Anges pour y bâtir un petit ermitage et y faire des retraites ..."
C'est là, croyons-nous, la première mention du petit ermitage ou chapelle Saint-Roch.
Le 4 novembre 1693, MM. de Frontenac et Bochart de Champigny donnaient permission aux Récollets d'établir le petit ermitage dont il avait été question dans le contrat d'échange du 26 septembre 1692:
" Nous, en vertu du pouvoir à nous donné par Sa Majesté et conformément au procès verbal d'arpentage que nous en avons fait faire par Le Rouge et Lajoue, maîtres arpenteurs jurés en ce pays, avons permis et permettons aux dits Pères Récollets d'éta-
Page 539
blir & de bâtir leur petit ermitage & y faire un jardin dont ils puissent tirer les légumes & racines convenables à leur subsistance, s'étant privés volontairement en faveur des pauvres de ces commodités qu'ils tiraient du jardin de leur ancien couvent, le tout à la charge d'obtenir de Sa Majesté ratification de la dite permission d'établissement & bâtiment de lieu de retraite & ermitage, etc."
Les Récollets bâtirent leur ermitage peu après, probablement en 1694.
Nous voyons qu'en 1697 le Père Juconde Drué habitait le petit ermitage. Il remplissait en même temps les fonctions de chapelain de l'Hôpital général. " Ce bon religieux, disent les annales de cette communauté, avait son logement au petit hospice d'où il venait, tous les jours, avec beaucoup de bienveillance, dire ici la sainte messe."
Il est probable que l'ermitage des Récollets reçut son nom d'ermitage Saint-Roch lors de l'épidémie de grippe maligne qui sévit à Québec pendant l'hiver de 1700-1701. On sait que saint Roch est le saint qu'on invoque dans les épidémies.
Dans un plan de Québec, fait en 1720 par l'ingénieur Chaussegros de Léry, la chapelle Saint-Roch est indiquée. Feu l'abbé Rhéaume, qui connaissait bien l'ancienne topographie de Québec, s'aidant du plan de Chaussegros de Léry, la plaçait comme suit : " A l'est de la rue Saint-Roch actuelle, à peu près à deux arpents au nord-ouest du palais de l'intendant."
Dans une lettre qu'écrivaient MM. de la Galissonnière et Hocquart au ministre le 18 octobre 1747, on lit:
" Il est à propos, monseigneur, que vous soyez informé que, pendant le long séjour que les députés des Cinq-Nations ont fait à Québec, M. l'abbé Picquet, missionnaire du lac des Deux-Montagnes, a profité des dispositions où il les a trouvés d'embrasser le christianisme, en leur faisant régulièrement, et chaque jour, dans la chapelle Saint-Roch, des instructions publiques, suivies d'une prière, à la portée de cette espèce de catéchumènes."
Lors du siège de Québec en 1759 l'ermitage Saint-Roch fut fort maltraité. S'il ne fut pas entièrement détruit il fut rendu hors de service et disparut peu après.
Page 540