‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 269 sur 275 · LES FRASQUES DE L'ACTEUR AMATEUR MAREUIL · texte numérisé non relu

LES FRASQUES DE L'ACTEUR AMATEUR MAREUIL

IE sieur Jacques de Mareuil, lieutenant réformé dans les troupes du détachement de la marine, arrivé dans le pays en 1692 ou 1693, avait été le principal acteur du théâtre de société établi par le gouverneur de Frontenac au château Saint- Louis pendant l'hiver de 1693-1694.

" Mareuil, dit M. Henri Lorin, était un de ces officiers courageux, batailleurs et galants, un peu libertins parfois, dont le type n'était point pour déplaire à M. de Frontenac, ancien frondeur lui-même." Mareuil, croyons-nous, était d'autant plus dangereux qu'il avait le talent de séduire et de se faire aimer. Il faut croire qu'il avait bien des fois dépassé la mesure, puisque le gouverneur, malgré son indulgence pour ses fredaines, avait dû le réprimander à cause de ses chansons indécentes et de ses propos impies.

M*1" de Saint- Vallier, qui surveillait son troupeau avec tant de soin, avait plusieurs fois averti charitablement et fait avertir, par des personnes d'autorité et très dignes de foi, le sieur Mareuil de mettre fin à ses discours scandaleux et à ses chansons trop lestes. Rien n'y avait fait. L'évêque de Québec, à la fin, avait été obligé de le faire dénoncer publiquement.

Le 1er février 1694, M^ de Saint- Vallier, voyant que Mareuil se moquait de ses avertissements paternels, le dénonça au Conseil Souverain. Il avertissait, en même temps, les gens du Conseil que s'ils ne remédiaient au mal tout de suite il écrirait luimême à la cour pour la prier de débarrasser le pays de cet être dangereux.

Le procureur général d'Auteuil, au nom du Conseil Souverain, promit à l'évêque de Québec qu'on s'occuperait immédiatement de sa plainte, attendu que " s'il y a un lieu au monde où on doive veiller à ce que l'impiété soit bannie ce doit être en ce pays puisqu'il ne commence qu'à se former."

L'ombrageux gouverneur Frontenac, qui n'assistait pas à cette séance et qui avait une dent contre le procureur général

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d'Auteuil, trouva que celui-ci avait trop promis et s'en plaignit amèrement au Conseil.

Aussitôt, le sieur Mareuil, probablement poussé ou, tout au moins, encouragé par le gouverneur, commença ses procédures dilatoires afin d'empêcher le Conseil d'agir. Il demanda à être reçu appelant comme d'abus sous le prétexte que le mandement de de Saint- Vallier avait été lu dans l'église cathédrale, sans admonition préalable.

Mais il avait devant lui un adversaire habile et tenace. Le procureur général d'Auteuil était le seul membre du Conseil Souverain qui regardait bien en face le gouverneur de Frontenac et savait lui répondre. Malgré tous les obstacles que le gouverneur et le sieur Mareuil lui opposèrent, il réussit à mener son enquête à bonne fin, et, le 14 octobre 1694, le Conseil Souverain ordonnait que le lieutenant réformé serait pris au corps et conduit ès prisons du Palais, " pour être ouï et interrogé sur les faits résultants de la dite information." Il y avait juste huit mois et quatorze jours que la plainte de M^ de Saint- Vallier avait été faite au Conseil ! Mais il ne faut pas oublier que M. de Frontenac avait mis toutes les entraves imaginables au procureur général.

Une fois en prison, le sieur Mareuil, toujours sous l'inspiration de M. de Frontenac, refusa de répondre aux questions que lui posait le commissaire nommé par le Conseil. Le procureur général ne se laissa pas démonter par ce nouvel obstacle. Le 22 novembre 1694, il faisait décréter par le Conseil que le procès du sieur Mareuil " serait instruit comme à un muet volontaire."

C'est alors que le gouverneur, voyant que son protégé allait être condamné, décida de le libérer de sa propre autorité. Le 29 novembre 1694, Mareuil sortait de prison.

Mareuil partit pour la France peu de temps après. Son affaire se trouva donc classée. Le peu intéressant personnage avait été mis en liberté par un coup de force de M. de Frontenac mais, en somme, M^ de Saint- Vallier avait gagné son point puisque tout ce qu'il demandait était de débarrasser la colonie du sieur Mareuil.

Source: Jugements et délibérations du Conseil Souverain.

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Signature de Jacques de Mareuil

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