AUTOUR DE LA SUCCESSION DE M. DE FRONTENAC
e gouverneur Frontenac, nous le savons, était décédé à Qué-
bec, le 28 novembre 1698. M. Provost, lieutenant de roi
— à Québec, se hâta de faire connaître le triste événement à M. de Callières, gouverneur de Montréal, qui était porteur d'un ordre du roi pour suppléer M. de Frontenac en cas de mort ou d'absence.
M. de Callières et M. de Vaudreuil, commandant des troupes, appartenaient à des familles qui avaient beaucoup d'influence à la cour. Tous deux avaient l'ambition de succéder à M. de Frontenac.
On était en hiver. Pas de communications, conséquemment, avec la cour avant le printemps de 1699, du moins par la route du Saint-Laurent. Les deux concurrents croyaient, avec raison, que la nomination irait à celui qui pourrait communiquer le premier avec le roi ou ses ministres.
M. de Callières usa d'un habile stratagème pour arriver à ce but. C'est M. Le Gardeur de Courtemanche, lieutenant dans les troupes du détachement de la marine, qui avait été porter à Montréal le message de M. Provost à M. de Callières. Celui-ci se décida à envoyer M. de Courtemanche porter ses dépêches à la cour par la voie de la Nouvelle-Angleterre. Mais laissons parler Gédéon de Catalogne, un contemporain:
" Aussitôt, mais incognito, M. de Callières fit ses dépêches pour la cour en faisant connaître au public qu'il écrivait à Québec, donna le mot au sieur de Courtemanche qui se chargea des lettres des particuliers parce que c'était la dernière navigation, et remit toutes les lettres qu'il s'était chargé à M. de Callières et partit de Montréal comme s'il avait sa route vers Québec et lorsqu'il fut à Sorel, nuitamment, prit le chemin d'Orange, la paix avec les Anglais étant faite alors.
" Comme MM. de Champigny et de Vaudreuil qui aspiraient au gouvernement général virent que la navigation s'allait fermer et que le sieur de Courtemanche ne revenait point, ils se défièrent d'un tour de Normand, joints à quelques connaissances particu-
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lières qu'ils eurent, ils firent partir le sieur Vincelotte, avec toutes les lettres d'instructions, des lettres de créance et de l'argent pour armer un vaisseau du premier port de la Nouvelle- Angleterre où il aborderait.
" Il en arma un à Pentagouët et quelques avances et diligence que le sieur de Courtemanche eût pu faire, il ne fut rendu à Paris que quelques heures avant le sieur Vincelotte pour avoir le temps de rendre ses lettres au comte de Callières qui, dans ce moment, fut demander au Roi le gouvernement pour son frère, qui le lui accorda.
" D'un autre côté, M. Vincelotte porta les lettres de MM. de Champigny et Vaudreuil à M. de Pontchartrain sans savoir que M. de Courtemanche fût arrivé.
" Le ministre fut informer le Roi de la mort de M. de Frontenac. Le roi lui dit qu'il le savait et qu'il avait accordé le gouvernement à M. de Callières, pour son frère, et il n'y avait point de réplique."
Après sa nomination au poste de gouverneur de la Nouvelle- France, M. de Callières ne semble pas s'être occupé beaucoup de M. Le Gardeur de Courtemanche qui avait gagné la course pour lui, dans l'hiver de 1698-1699. M. de Courtemanche, promu capitaine, reçut le poste de commandant pour le roi sur la côte inhospitalière du Labrador. Il y décéda au mois de juin 1717.
Source: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXIII (1917).
Signature de M. Le Gardeur de Courtemanche
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