‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 274 sur 275 · UNE OPINION FRANÇAISE SUR FRONTENAC · texte numérisé non relu

UNE OPINION FRANÇAISE SUR FRONTENAC

E comte de Frontenac est une très haute et noble figure:

nous devons le placer, en France, au même rang que Du-

— pleix, car, aussi bien que cet homme de génie, copié par les Anglais avant d'être compris de ses compatriotes, il a montré ces qualités d'audace loyale, d'entente des conditions locales et de séduction personnelle auprès des indigènes, qui sont éminemment celles des colonisateurs français. Sa tâche, dans la Nouvelle- France, était particulièrement délicate: pour transformer la mission qu'était à son arrivée le Canada en un pays du roi, où fût établi le juste équilibre des pouvoirs religieux et civil, il fallait s'exposer à bien des jalousies et des controverses: Frontenac n'a pas reculé devant ces difficultés. Gouverneur une première fois, de 1672 à 1682, il sut, sans grandes guerres, sans dépenses extraordinaires, développer et constituer fortement la Nouvelle-France entre ses voisins indigènes et les colonies anglaises, déjà fort peuplées, de la côte atlantique. Mais il avait alarmé des intérêts rivaux : très convaincu de l'utilité des missions religieuses pour propager l'influence de la France, il avait voulu pourtant moins les servir que se servir d'elles, et la grande querelle de la traite, c'està-dire de la vente aux indigènes de boissons spiritueuses en échange de leurs pelleteries, exprime surtout le conflit de ces idées avec celles, naturellement différentes, des missionnaires eux-mêmes.

" De 1682 à 1689, deux gouverneurs, de la Barre et Denonville se succèdent à la place de Frontenac rappelé en France ; tous deux s'inspirent d'autres principes, ou plutôt d'autres conseils; et sept années de ce régime ont si bien mis à mal la colonie, que seul Frontenac paraît capable de la relever, et que la cour le renvoie dans la Nouvelle-France. La politique de ses prédécesseurs avait enhardi tous les ennemis des Français; Frontenac usa tout le temps de son second gouvernement à réparer leurs fautes. Cependant, ses adversaires ne désarmaient pas; le ministre Pontchartrain, finit par leur donner raison et supprima, quoi qu'en dise Frontenac, les congés de traite qui ouvraient aux coureurs de bois

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l'accès du haut pays. Le gouverneur eut le courage de ne point exécuter à la lettre ces instructions maladroites; il lui semblait que son devoir, à la tête d'une colonie qu'il connaissait mieux que personne, lui commandait cet acte d'indépendance. Il est mort en pleine lutte, en 1698; mais il avait assuré le succès de négociations que devait terminer une paix solide avec les Iroquois, belliqueux voisins de la Nouvelle-France: Callières, son successeur, signa en 1701 cette paix longtemps différée, dont la date marque vraiment la conclusion de l'histoire du Canada sous Frontenac.

" Les noms de quelques découvreurs du XVIIe siècle, La Salle, Dulhut, figurent sur les cartes modernes, adoptés par des cités américaines; aucune ville n'a porté jusqu'à nous celui de Frontenac, et le fort du lac Ontario, deux fois construit par ce gouverneur, s'appelle aujourd'hui Kingston. Mais la mémoire de Frontenac est restée populaire parmi les Canadiens français."

Source: Henri Lorin, Le Comte de Frontenac.

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