LE NOM DE LA RIVIÈRE SAINT-CHARLES
A rivière Saint-Charles que les habitants de Québec appellent
aussi Petite Rivière, vient du lac Saint-Charles, situé à envi-
— ron quatre lieues de Québec.
Les Sauvages, au rapport de Sagard, l'appelaient Cabir-Coubat, à raison, dit-il, qu'elle tourne et fait plusieurs pointes.
Jacques Cartier donna à la rivière Saint-Charles le nom de Sainte-Croix, parce qu'il y arriva le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, le 14 septembre 1535.
Champlain avait amené les Récollets en Canada en 1615. Ils y étaient restés quatorze ans; et pendant ce temps ils avaient été les consolateurs spirituels de la petite colonie française et les premiers missionnaires des Sauvages. On leur avait donné sur les bords de la rivière Saint-Charles une concession de terre, sur laquelle ils avaient bâti leur couvent de Notre-Dame des Anges.
Le Père Denis, commissaire des Récollets, écrivant à l'un de leurs bienfaiteurs en Europe, l'abbé Charles des Boves ou des Boues, grand vicaire de Pontoise, lui témoigna le désir qu'il avait de réunir dans le couvent un certain nombre de jeunes Sauvages pour les instruire. Le grand vicaire répondit à son zèle l'année suivante, et lui fit tenir deux cents écus afin d'en faire les frais. Il le pria de donner le nom de Saint-Charles à ce séminaire, en l'honneur de son patron. C'est de là que la rivière Cabir-Coubat ou Sainte- Croix s'appelle rivière Saint-Charles.
Au musée de Pontoise on conserve une plaque funéraire de marbre noir qui porte l'inscription :
Hic Jacet Carolus Desbavves Vicarius Ponthisare et Wigasini Francis Obiit III Non. Jan. 1623 Requiescat in Pace
Le bienfaiteur des Récollets ne put voir les fruits du séminaire Saint-Charles canadien puisqu'il finit ses jours le 2 janvier 1623.
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Charles des Boves ou des Boues était depuis de longues années vicaire général de l'archevêque de Rouen, à Pontoise et dans le Vexin Français. Nommé à ces fonctions par Charles III de Bourbon, le 10 mars 1602, elles lui furent confirmées par les successeurs du prélat: François 1er de Joyeuse, le 6 novembre 1605, et François II de Harlay, le 29 novembre 1615. Cinq jours après la mort de M. des Boves ou des Boues son office fut conféré à Pierre Acarie, fils de la bienheureuse Marie de l'Incarnation.
Si les Récollets du Canada eurent fort à se louer du vicaire général de Pontoise, il n'en fut pas ainsi des chanoines de Saint- Mellon de cette ville. Ceux-ci firent de nombreuses plaintes à l'archevêque de Rouen contre son vicaire général. " Il semble certain, dit M. Depoin, que Charles des Boves, fidèle organe des prélats normands qu'il représentait à Pontoise, s'efforça d'y soutenir et d'y affermir leur autorité spirituelle ; celle-ci, fort amoindrie durant la guerre de Cent ans, était impatiemment supportée par la bourgeoisie pontoisienne, dont les attaches étaient en Parisis et non pas en Normandie. De là des froissements continuels, des altercations violentes, des procès interminables, sans parler de nombreux ouvrages de polémique.
Le souvenir de Charles des Boves ou des Boues est à peu près perdu aujourd'hui à Pontoise, où il vécut; son nom se perpétue à Québec depuis plus de trois siècles.
Sources: Bulletin des Recherches Historiques, vol. XXXII (1926), article de J. Depoin; Sixte Le Tac, Histoire chronologique de la Nouvelle-France.
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