‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 36 sur 275 · UN ACTE DE SAGESSE DU PÈRE LE CARON · texte numérisé non relu

UN ACTE DE SAGESSE DU PÈRE LE CARON

C'est le Père Le Caron, supérieur des Récollets, qui, en l'absence de Champlain, avait été le porte-parole des Français dans l'entrevue que le chef Esrouachit ou Laforière avait eue avec eux, au sujet de l'assassinat des deux Français de l'habitation de Québec.

Beauchesne, le premier commis de la Compagnie des Marchands, et quej^esJFrançais avaient été d'abord d'avis d'accepter les présents des Algonquins et d'absoudre les assassins, mais le Père Le Caron estima que l'honneur de la religion et de la France était en jeu.

— Non, non, s'écria-t-il, il ne sera pas dit que nous vendrons ainsi pour des pelleteries la vie et le sang des chrétiens: ce serait autoriser tacitement le meurtre, et permettre aux Sauvages de se & venger sur nous et de nous maltraiter à la moindre fantaisie qui leur passera par la tête. Acceptons ces présents, si vous le voulez, mais que ce soit seulement en dépôt, et non comme satisfaction du crime. Que les assassins viennent ici faire acte de présence; qu'ils viennent se soumettre à la justice française. Nous les traiterons avec bonté et leur pardonnerons leur crime, tout en réservant cependant le jugement définitif de cette grave affaire au chef de la colonie, M. de Champlain, qui doit arriver bientôt.

Le chef Esrouachit ou Laforière retourna donc aux Trois- Rivières avec le message du Père Le Caron. Les Algonquins délibérèrent sur l'ultimatum des Français, puis, après bien des pourparlers, l'un des assassins se décida à descendre à Québec pour se livrer aux Français. Son père et plusieurs Algonquins l'accompagnaient.

Le coupable et les délégués furent admis dans l'habitation. Cependant, tous les Français étaient armés et faisaient bonne garde, au cas où les Algonquins auraient voulu leur faire un mauvais parti.

Le Père Le Caron fut encore l'orateur en cette occasion. Il commença par reprocher fortement au criminel la lâcheté dont il

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s'était rendu coupable. Puis il rappela à ceux qui l'entouraient l'amitié que M. de Champlain avait toujours témoignée à leur nation. Il leur dit que M. de Champlain n'avait pas hésité à les accompagner dans leur expédition contre les Iroquois, qu'il y avait même été blessé à leur service. Que dira-t-il, à son retour, ajouta-t-il, lorsqu'il apprendra comment les Algonquins l'ont récompensé de sa sollicitude pour eux ?

Les Algonquins furent touchés jusqu'aux larmes de la harangue du Père Le Caron, et l'assassin, s'avançant vers les Français, se déclara prêt à subir la mort pour expier son crime.

Le Père Le Caron tint alors conseil avec les Français, et il fut décidé que le coupable ayant reconnu sa faute et s'étant même livré à la justice, on devait se déclarer satisfait pour le moment et le rendre à son père, à la condition que celui-ci le ramènerait à Québec, si M. de Champlain l'exigeait. En attendant, les Algonquins devaient laisser deux de leurs jeunes gens à Québec comme otages.

Les Pères Récollets se chargèrent, séance tenante, du soin de ces deux jeunes Sauvages. Ils étaient, au dire de Champlain, très intelligents et apprirent à lire et à écrire en moins de trois mois.

A son arrivée à Québec dans l'été de 1618, Champlain approuva en tous points la conduite du Père Le Caron dans cette affaire.

Un peu plus tard, Champlain rencontra les Algonquins aux Trois-Rivières et leur reprocha vivement leur conduite.

" Mais connaissant, dit-il, les Sauvages gens sans raison, de peu d'accès, fort prompts à la vengeance; sachant d'ailleurs que si on les pressait de faire justice du meurtre qui avait été commis, il n'y aurait nulle sûreté pour ceux qui se disposeraient à faire des découvertes parmi eux : le tout considéré, nous nous résolûmes de couler cette affaire à l'amiable, et de passer les choses doucement."

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