L'HIVER DE 1535-1536 À STADACONA
Pendant l'absence de Cartier à Hochelaga, les marins qui avaient été laissés à la garde de la Grande Hermine et de la Petite Hermine, craignant les attaques des Sauvages, avaient construit une palissade au moyen d'arbres équarris qu'ils avaient placés debout et solidement attachés les uns aux autres. On avait disposé tout autour de ces retranchements improvisés des pièces d'artillerie empruntées aux deux navires.
A son retour, Cartier, averti par un chef sauvage ami que Donnacona et les deux sauvages Taignoagny et Domagaya méditaient un mauvais coup contre lui, résolut de renforcer la palissade déjà construite. Il fit creuser de larges et profonds fossés et bâtit un véritable fort qui fut réuni à la terre ferme par un pontlevis. Jour et nuit, des sentinelles firent le guet à la porte de ce fort. Ces sentinelles étaient relevées au son des trompettes comme dans les citadelles.
Ces préparatifs de défense impressionnèrent tellement les Sauvages qu'ils résolurent de se tenir tranquilles. Ils poussèrent l'hypocrisie jusqu'à venir demander à Cartier les causes de son mécontentement contre eux.
Comme la mauvaise saison approchait rapidement, le capitaine malouin décida de passer l'hiver de 1535-1536 dans le fort qu'il venait de mettre à l'abri d'un coup de main.
L'hiver fut d'une rigueur exceptionnelle. Les Sauvages à peine vêtus, mais accoutumés au climat, ne semblaient pas s'apercevoir du froid. Cartier, dans son naïf langage, dit: "ils sont tant hommes, femmes qu'enfants plus durs que bestes au froid." Mais les Français souffrirent beaucoup à cause de leurs vêtements trop légers. De la mi-novembre 1535 à la mi-avril 1536, le vent souffla avec violence et le froid fut intense presque tout le temps. Les breuvages, très souvent, gelaient dans les tonneaux et les aliments n'étaient pas toujours à l'abri du froid. Une couche de glace de plus de quatre doigts d'épaisseur se forma contre le bordage des navires et y resta tout l'hiver.
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Pour comble de malheur, le scorbut ou mal de terre se déclara parmi les Français. Presque tous en furent atteints et vingt-cinq en moururent. Au milieu de l'hiver, sur ses cent dix hommes d'équipage, Cartier en avait à peine trois ou quatre capables de travailler ou d'agir. Comme on ne laissait pas les Sauvages pénétrer à l'intérieur du fort, ceux-ci ne purent se rendre compte de la faiblesse des Français.
Le 3 mai 1536, fête de l'Invention de la Croix, Cartier fit planter au confluent de la rivière Lairet et de la rivière Saint- Charles, une croix de trente-cinq pieds de hauteur. Au-dessous du croisillon, un écusson aux armes de France portait en lettres attiques l'inscription: Franciscus Primus, Dei Gratia Francorum Rex, régnât, c'est-à-dire: François 1er, par la grâce de Dieu, roi des Français, règne. Les Sauvages assistèrent en grand nombre à cette fête qui les intéressa singulièrement.
Le 6 mai 1536, Cartier reprenait le chemin de la France avec deux de ses navires. Il laissait dans la rivière Saint-Charles la Petite Hermine, faute de bras pour la manœuvrer. Le 16 juillet 1536, Cartier et ses compagnons étaient de retour à Saint-Malo, après une absence de quatorze mois.
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