SAINT JOSEPH CHOISI COMME PATRON DU CANADA
M l'abbé Ferland écrit dans son Cours d'histoire du Canada: " L'année 1624 fut marquée, à Québec, par une solen- • ni té religieuse, à laquelle assistèrent tous les Français et plusieurs Sauvages. Elle fut célébrée en exécution d'un vœu fait à l'honneur de saint Joseph qui, dans cette occasion, fut choisi comme premier patron de la Nouvelle-France. Depuis ce temps, la dévotion envers saint Joseph s'est toujours conservée vive et efficace parmi les Canadiens, ainsi que l'attestent les nombreuses églises placées sous sa protection, et les confréries établies en son honneur."
M. Benjamin Suite, commentant ces lignes de M. l'abbé Ferland, explique que les premiers colons du Canada emportèrent de la vieille France la coutume de fêter la Saint- Jean. Cette célébration était plutôt mondaine que religieuse. Elle provoquait même certains désordres. Ce qui fait dire à M. Suite que, dans la pensée de ses fondateurs, la Saint-Joseph devait finir par supplanter la Saint-Jean. Ceci n'est qu'une supposition mais elle peut être exacte.
Il est très curieux de lire dans les Relations des Jésuites et le Journal des mêmes Pères les comptes rendus de la célébration de la fête de saint Joseph.
La Relation de 1637 nous décrit longuement le feu d'artifice et toute la fête qui eut lieu en cette année à Québec, lors de la célébration de la Saint- Joseph. Un croquis très curieux accompagne ce récit.
En 1646, le Père Lalemant écrit dans le Journal des Jésuites: " le 18 mars, veille de Saint-Joseph, entre sept et huit heures du soir, se fit le feu de joie de la Saint-Joseph. Monsieur le gouverneur (de Montmagny) nous vint quérir; nous soupions. Le Père Vimont y alla, qui fit mes excuses sur quelque incommodité que j'avais. M. le gouverneur mit le feu; les soldats firent trois saluts et quatre coups de canon furent tirés; il y eut quelques fusées. Le 19, quand on sonna l'angélus, on tira un coup de canon, et, à la
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messe, à l'élévation, trois ou quatre avec quelques saluts de mousquets."
L'année suivante, 1647, le Père Lalemant écrit encore: " A la Saint- Joseph, on ne fit point de feu de joie la veille comme de coutume; j'en fus une partie cause, comme ne goûtant guère cette cérémonie qui n'avait aucune dévotion qui l'accompagnât, et me semblait qu'un salut en l'honneur du saint était meilleur, comme en effet il fut fait la veille, à la paroisse, et le jour aux Ursulines, où le Hic vir despiciens fut chanté en musique. On tira, cette même veille, un coup de canon à une heure, et le jour, à l'angélus du matin, quatre ou cinq coups de canon."
En 1649, le même Père note: " On refit cette année le feu, la veille de Saint-Joseph, mais on sépara le matériel d'avec le spirituel. On fit le salut sur les six heures, et sur les sept, M. le gouverneur (M. d'Ailleboust) me vint prier de m'y trouver et voulut que j'y misse le feu, je l'y mis. Aux Ursulines, comme l'an passé, mais l'on oublia l'oraison pour la fondatrice, Pro devotis atnicis. Le jour, tout alla comme l'an passé et alla bien."
En 1650, le Père Lalemant manifeste ouvertement sa répugnance pour la partie mondaine de la fête Saint- Joseph.
Même remarque en 1651.
Enfin, en 1660, c'est le Père Jérôme Lalemant qui tient la plume. Il dit longuement toute sa joie de la célébration exclusivement religieuse de la fête de saint Joseph.
En 1661, 1662, 1663, 1664, 1666, la fête de saint Joseph fut également exclusivement religieuse et le Journal des Jésuites s'empresse de le consigner.
Nous croyons qu'il en fut ainsi dans la suite.
Signature du Père Jérôme Lalemant
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