LE PREMIER MOULIN À FARINE À QUÉBEC
e premier moulin à farine dont on se soit servi au Canada y
fut apporté par les Pères Jésuites. Ce moulin était bien pri-
— mitif puisqu'on le manœuvrait à bras. Les quelques ménages qui habitaient alors Québec faisaient moudre leurs grains par ce petit moulin.
A l'automne de 1628, Champlain, voyant tous les secours que les Jésuites retiraient de leur moulin, résolut d'en fabriquer un semblable. Il écrit dans ses Voyages:
"... Nous mangions nos pois par compte, ce qui diminuait beaucoup de nos forces, la plupart de nos hommes devenant faibles et débiles, et nous voyant dénués de toutes choses, jusques au sel qui nous manquait, je me délibéray de faire des mortiers de bois où l'on pilait des pois qui se réduisaient en farines, lesquels nous profitaient mieux qu'auparavant, mais à cause de ce travail on était long temps en cet état, je pensay que faire un moulin à bras ce serait chose encore plus aisée et profitable, mais comme nous n'avions pas de meulle, qui était le principal instrument, je m'informay à notre serrurier s'il pourrait trouver de la pierre propre à en faire une, il me donna de l'espérance, et pour ce sujet alla chercher de la pierre, et en ayant trouvé il les taille, un menuisier entreprend de les monter. De sorte que cette nécessité nous fit trouver ce qu'en vingt ans l'on avait cru être impossible. Ce moulin s'achève avec diligence, où chacun portait sa semencée de pois que l'on moulait et en recevait-on de bonne farine, qui augmentait notre bouillie et nous fit un très grand bien, qui nous remit un peu mieux que nous n'estions auparavant."
L'hiver de 1628-1629 fut très dur pour Champlain et les habitants de Québec. La récolte avait été bien pauvre et la disette était générale. Champlain avait espéré qu'après la récolte il pourrait avoir quelque secours de la veuve Hébert et de son gendre, Guillaume Couillard. Mais son récit nous laisse voir qu'il ne reçut pas grande assistance de ce côté. Sans récriminer, Champlain note que la veuve Hébert et Couillard faisaient meilleure chère que lui.
Page 91
" C'est la coustume, dit-il mélancoliquement, qu'en telles nécessités chacun tâche de faire magasin à part."
C'est pendant ce même hiver de 1628-1629 que Champlain fit commencer la construction d'un moulin à farine actionné par l'eau.
" Voyant, dit-il, le soulagement que nous recevions de ce moulin à bras, je me délibéray d'en faire un à eau, et pendant l'hiver employer quelques charpentiers à apprester le bois qui serait nécessaire pour cet effet, comme pour le logement à le mettre à couvert, et au printemps faire tailler les meules, et ainsi accommoder un chacun de ceux qui auraient des grains à faire moudre, et ne retomber plus aux peines où l'on avait été par le passé, qu'à ce deffaut ceux qui auraient volonté de défricher qu'ils le fissent pendant que commodément ils feraient moudre leurs grains."
Si ce moulin à eau fut entièrement terminé, il ne servit pas longtemps, car au mois de juillet 1629 les frères Kirke arrivaient devant Québec et Champlain, qui n'avait ni soldats ni munitions pour se défendre, fut obligé de leur abandonner son établissement et tout ce qu'il contenait.
Pajfe 92