‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 65 sur 275 · LA MORT DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

LA MORT DE CHAMPLAIN

amuel de Champlain, fondateur de Québec, premier gouver-

neur du Canada, celui que l'Histoire a appelé le père de la

Nouvelle-France, décéda au fort Saint-Louis, le 25 décembre 1635, jour où l'église célèbre la fête de Noël.

La Relation de 1636 nous apprend qu'on fit à M. de Champlain " un convoi fort honorable, tant de la part du peuple que des soldats, des capitaines et des gens d'église." Le service fut chanté par le Père Lalemant, celui-là même qui l'avait assisté à ses derniers instants, et on chargea le Père Le Jeune de l'oraison funèbre, où, dit le bon Père, " je ne manquai point de sujet." Quel dommage que cette pièce d'éloquence n'ait pas été conservée!

Le même Père Le Jeune parle de M. de Champlain avec émotion dans la Relation de 1636 :

" Le vingt-cinquième de décembre, dit-il, jour de la naissance de notre Sauveur en terre, Monsieur de Champlain, notre gouverneur, prit une nouvelle naissance au ciel; du moins nous pouvons dire que sa mort a été remplie de bénédictions. Je crois que Dieu lui a fait cette faveur en considération des biens qu'il a procurés à la Nouvelle-France où nous espérons qu'un jour Dieu sera aimé et servi de nos Français et connu et adoré de nos Sauvages. Il est vrai qu'il avait vécu dans une grande justice et équité, dans une fidélité parfaite envers son roi et envers Messieurs de la Compagnie; mais à la mort il perfectionna ses vertus avec des sentiments de piété si grands qu'il nous étonna tous. Que ses yeux jetèrent de larmes ! Que ses affections pour le service de Dieu s'échauffèrent! Quel amour n'avait-il pour les familles d'ici! disant qu'il les fallait secourir puissamment pour le bien du pays, et les soulager en tout ce qu'on pourrait en ces nouveaux commencements, et qu'il le ferait si Dieu lui donnait la santé ! Il ne fut pas surpris dans les comptes qu'il devait rendre à Dieu: il avait préparé de longue main une confession générale de toute sa vie, qu'il fit avec une grande douleur au Père Lalemant qu'il honorait de son amitié; le Père le secourut en toute sa maladie, qui fut de deux mois et demi,

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ne l'abandonnant point jusqu'à la mort . . . Ceux qu'il a laissés après lui ont occasion de se louer que s'il est mort hors de France son nom n'en sera pas moins glorieux à la postérité."

Mettons en regard de l'appréciation du Père Le Jeune l'hommage d'un homme qui n'avait pas la même croyance religieuse que le fondateur de Québec. C'est Parkman, le célèbre historien américain, qui parle ici :

" Pendant vingt-sept ans, il avait travaillé opiniâtrement et sans relâche pour la prospérité de la Nouvelle-France, sacrifiant fortune, repos, paix domestique, à une cause qu'il avait embrassée avec enthousiasme et poursuivie avec une intrépide persévérance. Son caractère appartenait en partie au passé, en partie au présent. Le pieux chevalier, le croisé, l'explorateur amoureux des aventures, le voyageur avide de nouvelles connaissances, le navigateur pratique, avaient tous une part dans son être. Ses vues, quoique bien au-dessus des intelligences ordinaires qui l'entouraient, étaient celles de son temps et de ses croyances. Il était plutôt soldat qu'homme d'État. Il inclinait pour la politique la plus directe et la plus hardie, et un de ses derniers actes fut de demander à Richelieu des soldats et des munitions pour réprimer les Iroquois, cette menace permanente de la colonie. Son courage indomptable s'alliait à une patience inaltérable, patience éprouvée par toute une vie de vexations. . . Soldat depuis sa jeunesse, dans un âge de licence sans frein, sa vie avait été en harmonie avec ses maximes. Après qu'une génération se fût passée, depuis sa visite chez les Hurons, les vieillards de cette nation se rappelaient avec étonnement la chasteté du grand guerrier français. Ses écrits font connaître l'homme: tout entier pour son idée et son œuvre, rien pour lui-même. D'un style informe, plein d'incorrection, de négligences dues à la hâte, rarement diffus, souvent concis à l'excès, ils portent à chaque page l'empreinte de la vérité. Avec la vie de ce brave soldat se termine la première période de la Nouvelle-France."

Sources: Relation des Jésuites, année 1636; Francis Parkman, P ioneer s of New- France.

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