‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 74 sur 275 · LE GOUVERNEUR DE MONTMAGNY · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR DE MONTMAGNY

Charles Huault de Montmagny fut nommé gouverneur de la Nouvelle-France le 15 janvier 1636. Samuel de Champlain était mort le 25 décembre 1635. La nouvelle de la mort du fondateur de Québec ne parvint certainement pas en France avant le printemps de 1636. Ce n'est donc pas Champlain décédé mais Champlain rappelé que M. de Montmagny remplaçait. M. J.- Edmond Roy dit à ce sujet:

" Pendant que le père de la colonie était là agonisant sur un lit de douleur, à mille lieues de lui par delà les mers, les membres de la Compagnie de la Nouvelle-France délibéraient sur le choix de son successeur. Voilà à quoi auraient abouti tant d'efforts! Après trente années de luttes et de déboires, après avoir été trahi même par les siens, Champlain se voyait sur le point de triompher de tous les obstacles. Il était rendu au terme de ses trois années de gouvernement, il est vrai, mais il pouvait espérer que la compagnie qu'il avait si fidèlement servie le maintiendrait à son poste. Mais non, on le rappelait à son insu et sans que rien pût faire prévoir un pareil dénouement. La mort était venue lui épargner cette humiliation dernière et avait été véritablement pour lui la délivrance."

Le rappel de Champlain était une ingratitude de la part de la Compagnie de la Nouvelle-France. Celle-ci le remplaça toutefois par un homme absolument irréprochable.

C'est le 11 juin 1636 que M. de Montmagny débarqua à Québec avec son lieutenant, le chevalier Antoine-Louis de Bréhaut de L'Isle, son secrétaire, Martial Piraube, et les officiers de sa suite, MM. de Saint- Jean, de Malapart et de Maupertuis.

Le Père Le Jeune note ainsi, dans la Relation de 1636, l'arrivée de M. de Montmagny à Québec:

" On m'a dit autrefois que la première action que fit notre grand roi au moment de sa naissance fut une augure de sa grande piété: car le premier usage qu'il fit de ses mains innocentes fut de les joindre, comme s'il eût voulu prier Dieu, et le premier mouve-

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ment de ses yeux lui porta la vue vers le ciel. Si les premières actions sont les prognostiques des suivantes, — nous avons de quoi bénir Dieu en la personne de M. de Montmagny. Étant arrivé devant Kébec, la nuit de la Saint-Barnabé, il mouilla l'ancre sans se faire connaître; le lendemain matin nous eûmes avis qu'il était dans le vaisseau que la nuit nous avait caché; nous descendîmes sur le bord du grand fleuve pour le recevoir; le Père Pierre Châtelain et le Père Charles Garnier étaient en sa compagnie ; après les compliments ordinaires, nous le suivîmes droit à la chapelle. En chemin, ayant aperçu l'arbre de notre salut: Voici, dit-il, la première croix que je rencontre sur le pays, adorons le crucifié en son image; il se jette à deux genoux et à son exemple toute sa suite, comme aussi tous ceux qui le venaient saluer, de là il entre dans l'église, où nous chantâmes solennellement le Te Deum, comme aussi les prières pour notre bon roi. A l'issue de son action de grâce et des louanges que nous rendîmes à Dieu pour sa venue, M. de Châteaufort, qui tenait la place de défunt M. de Champlain, lui vint présenter les clefs de la forteresse, où il fut reçu par plusieurs saluts de mousqueterie et par le tonnerre de plusieurs canons."

M. de Montmagny garda le gouvernement de la Nouvelle- France pendant douze années. Il partit de Québec, à l'automne de 1648, regretté de tous.

Le Père de Charlevoix attribue le rappel de M. de Montmagny à une décision générale que venait de prendre la cour. Le commandeur de Poincy, gouverneur des îles françaises d'Amérique, avait refusé de remettre son gouvernement à son successeur. Cette espèce de rébellion avait eu des imitateurs. C'est pour arrêter le mal que la cour décida que les gouverneurs seraient changés tous les trois ans.

M. de Montmagny décéda à l'île Saint-Christophe, dans les Antilles, quelques années après son départ du Canada.

Sources: J. -Edmond Roy, M. de Montmagny; Nouvelle-France, vol. 7 (1908), article du R. P. Alexis; Bulletin des Recherches Historiques, vol. XVI (1910).

Signature de M. de Montmagny

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