LE CHEVAL DE BOIS À QUÉBEC
e chevalet ou cheval de bois était une pièce de bois taillée en
crête, ayant plus ou moins la forme d'un cheval, sur lequel
— on mettait les criminels avec des boulets attachés à leurs pieds.
Ce genre de supplice fut introduit à Québec dès le commencement de la colonie.
Le 29 décembre 1635, M. Bras-de-Fer de Châteaufort, successeur intérimaire de M. de Champlain, qui venait de mourir, faisait afficher à un poteau, devant l'église paroissiale, la défense, sur certaines peines, de blasphémer, de s'enivrer, et de manquer volontairement la messe les dimanches et jours de fêtes. On attacha un carcan à ce poteau, et on plaça tout auprès un cheval de bois pour y exposer les coupables, afin de contenir les autres dans le devoir par crainte de l'infamie.
Le Journal des Jésuites mentionne quelques cas où des individus en faute furent condamnés au chevalet ou cheval de bois.
Le 6 janvier 1636, on mit sur le cheval de bois un homme convaincu d'ivrognerie et de blasphème.
Le 24 décembre 1645, deux Français s'étant mis à boire, en attendant la messe de minuit, s'enivrèrent et causèrent beaucoup de scandale. Les Sauvages qui les virent en cet état se plaignirent amèrement. — On nous fait prendre la discipline dirent-ils, quand nous nous enivrons, et on ne dit rien aux Français.
M. de Montmagny, pour montrer aux Sauvages que la justice était égale pour tous, fit mettre les deux Français sur le cheval de bois exposés à un vent de nord épouvantable.
Dans la nuit du mardi gras au mercredi des Cendres de 1645, quelques domestiques de l'Hôtel-Dieu étant venus visiter ceux de M. Couillard, un des hommes de ce dernier, nommé Jean Leblanc, se prit de querelle avec un de ceux de l'Hôtel-Dieu, Jacques Pairieu, et faillit l'assommer à coups de bâton. Leblanc fut condamné au cheval de bois et à la réparation civile.
Les domestiques de M. Couillard, il faut bien l'avouer, n'é-
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taient pas tous des anges, puisque le lendemain même un autre accusé d'avoir blasphémé était mis, à son tour, sur le cheval de bois. La peine fut salutaire. Le naïf Journal des Jésuites écrit qu'il reconnut sa faute, dit qu'il avait bien mérité le châtiment imposé et se confessa le même soir.
La même année, un ancien cuisinier de la résidence des Jésuites aux Trois-Rivières fut mis sur le cheval de bois où, dit le Journal des Jésuites, il se rompit.
Le jour de Pâques de 1647, quatre ou cinq bons vivants, voulant se décarêmer, s'enivrèrent. Pris sur le fait, ils furent mis sur le cheval de bois.
Pierre Renault dit Locat qui avait commis un larcin au détriment de Nicolas Grisard, sieur Desormeaux, fut amené devant le Conseil Souverain. Trouvé coupable, il fut condamné, le 14 février 1667, à être appliqué sur le cheval de bois.
Le jugement du Conseil Souverain a été conservé. Il disait:
" Entre le procureur général du Roi, demandeur en crimes et délits sur la plainte et dénonciation de Nicolas Grisard, sieur Desormeaux, garde des magasins du Roi, d'une part, et Pierre Renault dit Locat, défendeur et accusé, d'autre.
" Vu la plainte et dénonciation faite par le sieur Desormeaux aux fins de lui être pourvu sur le larcin qu'il prétend lui avoir été fait par le dit accusé laissant au procureur du Roi à faire telle poursuite qu'il verrait être à faire. . . En conséquence de quoi le sieur de Villeray aurait été commis pour vaquer à la procédure ainsi qu'il est porté par les ordonnances interrogatoires faits par le dit sieur de Villeray au dit Locat en date du quatorzième du dit mois contenant les réponses, confessions et dénégations d'icelui Locat, l'information faite par le dit sieur de Villeray les vingt un et vingt neuf du dit mois, recollement par lui fait des deux témoins en leurs dépositions ensemble, confrontation d'iceux au dit accusé le cinquième du présent mois, conclusions du procureur général du Roi tout vu et considéré, ouï le rapport du dit sieur de Villeray. Le Conseil a déclaré le dit Locat dûment atteint et convaincu du crime de larcin, pour réparation a condamné et condamne le dit Locat à être appliqué sur le cheval de bois et y demeurer pendant le temps d'une heure avec un poids de six livres attaché à chacun de ses pieds."