‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 79 sur 275 · FRANÇOIS DE RÉ, SIEUR DE GAND · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE RÉ, SIEUR DE GAND

ES Relations des Jésuites commencent à parler de M. de Ré,

sieur de Gand, en 1635, mais il avait pu arriver à Québec en

J — 1634 et même en 1633, lors du retour de M. de Champlain dans la Nouvelle-France.

M. de Ré de Gand fut envoyé ici comme commissaire général de la Compagnie des Cent Associés. Cette charge lui donnait beaucoup d'autorité mais il ne s'en servit que pour faire le bien.

Les Relations des Jésuites né tarissent pas d'éloges sur le compte de M. de Ré de Gand.

Il fut le bras droit des missionnaires dans l'évangélisation des Sauvages. Les Relations lui en rendent le témoignage en maintes circonstances.

Citons-en quelques exemples.

En décembre 1635, quinze jours avant la mort de Champlain, un Sauvage se présente chez les Jésuites et leur offre une petite fille pour la garder et l'instruire. " Cela nous réjouit fort, écrit le Père Le Jeune, car jusques ici la difficulté d'avoir des filles a été fort grande. Or, pour me délivrer de l'importunité de ces barbares, je leur conseillai de la présenter à quelque capitaine français, c'est ainsi qu'ils nomment tous ceux qui ont quelque autorité; je lui insinuai M. Gand, lequel je suppliai d'accepter cette enfant, et de faire quelque présent à ce Sauvage, l'assurant que nous satisferions à tout. Il n'y manqua pas: il se montra fort content, il témoigna de l'affection à ce barbare, lui fit présent d'une couverture et d'une bourrique de galette qu'on mit sur nos parties, le fit loger chez le sieur Hubou, et incontinent nous la fîmes habiller à la française, payant en outre sa pension; il est vrai que M. Gand lui voulut donner une robe à ses propres coûts, tant il était joyeux de voir cette pauvre fille dans les voies de son salut, et encore de plusieurs autres."

Un soir du mois de mars 1637, une troupe de petits Sauvages, garçons et filles, chassés de leurs cabanes par la peur des Iroquois, fit soudainement irruption dans le couvent des Jésuites de Notre-

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Dame des Anges. Ils venaient demander l'hospitalité pour la nuit. "Nous leur dîmes," dit le Père Le Jeune, "que nous recevrions les garçons, mais que les filles ne couchaient point en nos maisons; ces pauvres petites Sauvagesses ne voulaient point sortir; enfin, nous nous avisâmes de prier M. Gand de les recevoir, ce qu'il fit fort volontiers, les faisant dormir auprès d'un bon feu. Ils firent de même quelques autres fois, et toujours nous prenions les garçons, et les filles se retiraient en la chambre de M. Gand."

" M. Gand n'avait pas de famille, dit M. N.-E. Dionne. Nous nous trompons car il en avait une nombreuse, mais composée celle-là de petits Sauvages des deux sexes."

M. de Ré de Gand décéda le lundi de la Pentecôte, 30 mai 1641. Le même jour, on chanta les vêpres des morts en son honneur, et le lendemain, après le service funèbre, son corps fut déposé à côté des restes mortels du fondateur de Québec, dans le sépulcre particulier que lui avait élevé le gouverneur de Montmagny. Dixhuit mois plus tard, le Père Raimbault venait à son tour partager la couche funèbre de ces deux hommes de bien.

" La Providence, dit encore M. N.-E. Dionne, a voulu que ce tombeau n'abritât que trois personnages, mais qu'ils étaient bien dignes de reposer ensemble dans la mort, après avoir vécu de la même vie d'apôtre, chacun dans sa sphère spéciale!"

Relisons maintenant l'éloge de M. de Ré de Gand par le Père Barthélemi Vimont, qui l'avait bien connu:

" Cet homme de bien secourait fortement les Sauvages qui se retirent à Saint- Joseph (Sillery) ; leurs conversions lui touchaient les yeux et gagnaient le cœur. Il est mort dans un sublime exercice de patience; en un mot il est mort comme il avait vécu, c'est-à-dire en homme qui cherche Dieu avec vérité."

Signature de M. de Ré de Gand

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