‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 8 sur 275 · LE SCORBUT OU MAL DE TERRE À STADACONA · texte numérisé non relu

LE SCORBUT OU MAL DE TERRE À STADACONA

Cartier écrit dans la relation de son voyage de 1535-1536: "Au mois de décembre (1535), fûmes avertis que la mortalité s'était mise au peuple de Stadacona, tellement que déjà en étaient morts par leur confession plus de cinquante. A cause de quoi leur fîmes défenses de non venir à notre fort, ni entour nous. Mais nonobstant les avoir chassés, commença la mortalité autour nous d'une merveilleuse sorte, et la plus inconnue. Car les uns perdaient la soutenue, et leur devenaient les jambes grosses et enflées, et les nerfs retirés et noircis comme charbon, et aucunes toutes semées de gouttes de sang, comme pourpre. Puis montait la dite maladie aux hanches, cuisses, épaules, au bras et au col. Et à tous venait la bouche si infecte et pourrie par les gencives que toute la chair en tombait jusqu'à la racine des dents, lesquelles tombaient presque toutes."

Plus loin, Cartier, qui avait fait ouvrir le corps de Philippe Rougemont, un de ses compagnons, mort de cette maladie épidémique, dit:

"Et fut trouvé qu'il avait le cœur tout blanc et flétri, environné de plus d'un pot d'eau, rousse comme datte; le foie beau, mais avait le poumon tout noirci et mortifié, et s'était retiré tout son sang au-dessus du cœur: car, quand il fut ouvert, sortit audessus du cœur une grande abondance de sang noir et infect. Pareillement, avait la rate par devers l'échiné un peu entamée, environ deux doigts, comme si elle eût été frottée sur une pierre rude."

Quelle est donc cette terrible maladie qui emporta vingtcinq compagnons de Cartier, pendant l'hiver de 1535-1536 ?

Il est facile de reconnaître par les deux passages cités que ces pauvres diables souffraient du scorbut ou maladie de terre. Cette même affection fit mourir, plus tard, bon nombre des compagnons de Roberval, de M. de Monts, puis de Champlain.

Cartier appelle mal de terre la maladie qui lui enleva tant de compagnons utiles. La différence entre le scorbut de terre et le

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scorbut de mer, dit le docteur Dionne, n'existe que dans les mots. La science a prouvé que l'une et l'autre affection ont les mêmes symptômes et les mêmes altérations organiques sous le scalpel.

Cartier découvrit assez curieusement un remède au scorbut. Il avait vu Domagaya très malade de cette maladie. Quelques jours plus tard, il vit le même Domagaya près du fort, en parfaite santé et ne portant aucune trace de son mal. Il lui demanda comment il s'était guéri. Domagaya lui indiqua les feuilles d'un arbre en lui disant que c'était le "singulier remède" pour cette maladie.

Cartier pila l'écorce et les feuilles de cet arbre que les Sauvages appelaient Annedda, puis fit bouillir cette préparation.

Les premiers malades qui burent ce breuvage furent presque aussitôt guéris. Ce qui fait dire à Cartier :

"Tellement que tel des compagnons qui avait la vérole puis cinq ou six ans auparavant la dite maladie, a été par la dite médecine curé nettement. Après ce avoir vu, y a une telle presse qu'on se voulait tuer sur la dite médecine à qui premier en aurait : de sorte qu'un arbre aussi gros et aussi grand que je vis jamais arbre, a été employé en moins de huit jours; lequel a fait telle opération, que si tous les médecins de Louvain et Montpellier y eussent été avec toutes les drogues d'Alexandrie, ils n'en eussent pas tant fait en un an que le dit arbre a fait en huit jours."

L'arbre connu sous le nom de Annedda par les Sauvages était tout simplement notre épinette blanche.

Source: Revue Canadienne, vol. XXV (1889), étude du docteur N.-E. Dionne sur le mal de terre.

Le feptiefme iour dudict moys iour noflredame, après auoir ouy la mefle, nous par tifmes de ladicle yfle pour aller à mont ledicft fleuue, & vinfmes à quatorze yfles qui eftoiét diftantes de ladicte yfle es couldres de fept à huict lieues, qui eft le commencement de la terre & prouince de Canada: defquelles en y a vne grande qui a enuiron dix lieues de long & cinq de large, en laquelle y a gens demourrans qui font grand pefcherie de tous les poiflbns qui font dedans le dicî fleuue félon leur faifon. Nous eftans pofez & a l'encre entre icelle grande yfle, & la terre du Nort, alafmes à terre & portafmes les deux fauuaiges que auions prins le précèdent voyage :

Et trouuafmes plufieurs gens du pays, lefquelz commencèrent à. fuyr, & ne vouloient aprocher iufques ad ce que nofdidz deux homes commencerét à parler, & leur dire qu'ilz eftoient Taignoagny & dom Agaya. Et lors qu'ilz eurent congnoiflance d'eulx commécerent a démener ioye danfans & faifans plu fleurs cerimonies ; & vindret parler des principaulz à noz bafteaux, lefquelz nous apportaient force anguilles, & aultres poiflbns, avec deux ou trois charges de gros mil, qui eft le pain de quoy ilz viuent en la dicle terre, & plufieurs gros melons. Et icelle iournée vindrent à noz nauires plufieurs barques du pays chargées de gens tant hommes que fem mes pour veoir & faire chaire à nos diclz deux hommes , les quelz feurent tous bien receuz. par noftre cappitaine, qui les feftoya de ce qu'il peuft, & pour faire fa côgnoiflance leur dôna aucuns petis prefens de peu de valleur. de quoy fe contentèrent fort.

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