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LA MAISON DE LA MORT

Celui qui, le premier, en France, donna le nom d'Hôtel-Dieu aux hôpitaux eut, vraiment, une belle et touchante inspiration. Les hôpitaux sont, en effet, de véritables maisons ou hôtels de Dieu. Sait-on que le premier Hôtel-Dieu de Québec porta le surnom de Maison de la Mort ? Hâtons-nous de dire que ce furent les pauvres Sauvages encore plongés dans l'ignorance de la foi qui lui donnèrent ce titre mensonger et injuste.

Le bâtiment qu'on destinait aux Hospitalières n'étant pas terminé, à leur arrivée à Québec, on les logea dans une maison qui appartenait à la Compagnie des Cent Associés. " On nous y mena de bonne heure, dit l'une d'elles, et nous trouvâmes quatre belles chambres et deux cabinets, mais pour tous meubles il n'y avait qu'une espèce de table ou plutôt un bout de planche soutenu par quatre bâtons, et deux bancs de la même façon."

Les Hospitalières distribuèrent leur maison en forme de monastère: une salle basse fut destinée pour les malades, une autre pour leurs offices, un cabinet pour la supérieure avec, audessus, une chapelle, un dortoir, un parloir et une salle de communauté.

Une fois leurs effets et leurs provisions arrivés, les religieuses dressèrent des lits pour les malades. Dès les premiers jours ceux-ci arrivèrent en si grand nombre que la salle se trouvant trop petite, on fit faire un enclos de pieux où l'on éleva des cabanes d'écorce pour recevoir les Sauvages malades. La plupart de ces pauvres Sauvages étaient atteints de la petite vérole.

"Les Sauvages étaient sans linge, disent les annales de l'Hôtel-Dieu. C'était une infection étonnante. Il se forma aussi des ulcères et des chancres sur leurs corps en si grande quantité qu'on ne savait pas où les prendre. Nous leur donnâmes tout notre linge jusqu'à nos guimpes et nos bandeaux, et nous fûmes longtemps sans trouver à en acheter: nous étions obligées d'ensevelir les morts dans des couvertures ou des robes de castor."

Les trois Hospitalières se donnèrent tant de misères à soigner

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les Sauvages qu'elles tombèrent malades à leur tour. Les Pères Jésuites les remplacèrent auprès des Sauvages.

" Nous consumâmes toutes nos provisions," continuent les annales de l'Hôtel- Dieu, " et quoique madame d'Aiguillon en eût fait acheter pour deux ans, elles ne nous durèrent que six mois; il fallut emprunter pour nous soutenir jusqu'à l'arrivée des vaisseaux. Parmi tant de travaux et de misères qui durèrent jusqu'à la fin de février 1640, nous eûmes la consolation que, dans la quantité de Sauvages que nous assistâmes, aucun ne mourut sans baptême."

La mortalité fut si grande parmi les malades soignés à l' Hôtel- Dieu, que le peu de Sauvages qui restaient s'en allèrent dans les bois et s'éloignèrent de l'hôpital qu'ils avaient pris en horreur. Ils le nommèrent la Maison de la Mort et ne voulaient pas y revenir. Mais leurs préventions tombèrent quand, une fois dans les bois, la mort continua à les détruire et qu'ils apprirent qu'un grand nombre de Sauvages de Tadoussac, du Saguenay, des Trois-Rivières, etc, étaient aussi morts de la même maladie.

Les bonnes religieuses continuèrent à donner aux Sauvages tous les services qu'elles pouvaient leur rendre. Elles gardèrent même les enfants, les vieillards et les infirmes pendant plusieurs semaines que les hommes valides passèrent à la chasse à l'orignal.

Source: Mère Juchereau de Saint-Ignace, Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec.

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