LE LOUVRE DES URSULINES
Ès le premier soir de leur arrivée à Québec, les Ursulines
furent conduites en " un corps de logis appartenant à Noël
Juchereau, sieur des Châtelets, et ses associés, sis sur le bord de la rivière Saint-Laurent, au-dessous du magasin de Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, qui leur avait été loué, en attendant que leur couvent fût construit." Cette maison était sur le site actuel de l'hôtel Blanchard ou Cloutier, coin de la place Notre-Dame et de la rue Saint-Pierre.
Désirez-vous connaître l'étendue de ce premier monastère des Ursulines à Québec ? Lisons le Vieux Récit des Ursulines :
" Notre logement était si petit qu'en une chambre de seize pieds carrés étaient notre chœur, notre parloir, nos cellules et notre réfectoire; et, dans une autre petite salle, était la classe pour les Françaises et les filles sauvages. Pour la chapelle, la sacristie extérieure et la cuisine, nous fîmes faire une galerie en forme d'appen-
Les filles sauvages logeaient avec les Ursulines dans cette maison. Écoutez la Mère Marie de l'Incarnation parler de l'agrément de vivre avec les filles des bois:
" La saleté des filles sauvages qui n'étaient pas encore formées à la propreté des Françaises, nous faisait trouver tous les jours des cheveux, des charbons et autres ordures dans notre pot, et quelquefois on trouvait un vieux soulier dans la marmite, ce qui pourtant ne nous donnait pas trop de dégoût."
Les Ursulines appelaient ce logement leur " Louvre." Elles s'y trouvaient plus heureuses qu'elles ne l'eussent été sous les lambris dorés du vrai Louvre parce qu'elles étaient avec leurs chères néophytes.
Moins d'un mois après leur installation dans le " Louvre " de la basse ville, la petite vérole se déclara parmi les Sauvages et les élèves des Ursulines en furent atteintes comme les autres.
" Notre petite maison, dit la Mère Marie de l'Incarnation, fut changée en un hôpital par la maladie de la petite vérole qui se prit
tis.
Page 163
aux filles sauvages, qui l'eurent toutes jusqu'à trois fois, et dont quatre moururent. Nous nous attendions toutes de tomber malades, tant parce que cette maladie était une contagion, qu'à cause que nous étions jour et nuit à les assister, et que le peu de logement que nous avions, nous obligeait d'être continuellement les unes avec les autres. Mais Notre Seigneur nous assista si puissamment qu'aucune ne fut incommodée. Comme nous n'avions pas encore de meubles, tous les lits étaient sur le plancher en si grand nombre qu'il nous fallait passer incessamment par-dessus les malades, et dans cette nécessité, la divine Majesté nous donnait un si grand courage, qu'aucune de nous n'avait de dégoût des maux et de la saleté des Sauvages."
L'épidémie ne cessa qu'au mois de février 1640. Les Ursulines purent alors un peu respirer.
Dans le Louvre de la basse ville, outre les religieuses, il fallait donner le vivre et le coucher à dix-sept ou dix-huit pensionnaires. La Mère Marie de l'Incarnation explique naïvement comment elle trouvait de la place pour tant de monde.
" Je vous dirai," écrivait-elle, " comment nous pouvons tenir tant de personnes en un si petit lieu. L'extrémité des chambres est divisée en cabanes faites d'ais de pin: un lit est près de terre, et l'autre est comme au plafond, en sorte qu'il y faut monter avec une échelle. Avec tout cela, nous nous estimons plus heureuses que si nous étions dans le monastère le plus accommodé de la France. Il nous semble que nous sommes trop bien pour le Canada, où, pour mon particulier, je m'attendais de n'avoir, pour tout logement, qu'une cabane d'écorce. Mes Sœurs me disent quelquefois: Si nous avons quelque peine dans le Canada, c'est de n'en pas avoir, et de ne pas assez souffrir."
Les Ursulines vécurent dans leur "Louvre" de la basse ville du 1er août 1639 au 21 novembre 1642.
Source: Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours.
Page 164