LA PROCESSION DU VŒU ROYAL EN
"T 'année 1638, un Sauvage, fils d'un chef de tribu, passa en France pour rendre hommage au roi Louis XIII, non pas — seulement au nom de son père et de sa nation, mais encore au nom des autres nations du pays. La première fois qu'il vit le roi, ce fut à l'église; et il demeura singulièrement frappé de ce que ce prince priait Dieu comme les missionnaires enseignaient aux Sauvages de le faire.
"Lorsqu'enfin il fut présenté à Louis XIII, il mit aux pieds de ce prince une couronne de porcelaine, pour témoigner, par cet hommage, qu'il le reconnaissait, au nom de tous les peuples sauvages, pour leur vrai et légitime souverain. Ce monarque lui fit un accueil plein de bonté. . . Le roi et la reine lui firent voir le dauphin encore au maillot; et, après plusieurs autres actes de bienveillance, lui donnèrent en présent, pour les nations qu'il représentait, six habits magnifiques, où l'on ne voyait que toile d'or, velours, satin, panne de soie, écarlate.
" Ce jeune Sauvage, qui était de Miscou, étant de retour en son pays, monta jusqu'à Québec, avec un certain nombre de ses compatriotes, et alla trouver M. de Montmagny, à qui il remit ces présents. Il y avait alors à Québec des Hurons, des Algonquins et des Montagnais; et tous, en voyant ces habits, admirèrent la bonté du roi de France, qu'ils appelaient leur roi. Mais, pour éviter de faire naître de la jalousie entre eux, comme il fût arrivé si ces présents eussent été donnés à une seule nation, M. de Montmagny remit trois habits à ce jeune Sauvage et distribua les autres à trois Sauvages chrétiens de trois nations. Ceux-ci firent cette réponse qui mérite d'être rapportée: "Gardez vous-même ces habits; car nous ne voulons nous en servir que quand on marchera en procession pour prier Dieu pour le roi, pour la reine et pour leur fils. Et quand nous serons morts, si vous faites prier Dieu pour le roi, faites porter ces habits à nos enfants, afin que ceux qui viendront après nous sachent l'amour que notre roi nous a porté."
" La première procession où ils s'en servirent eut lieu le 15
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août de cette même année 1639, fête de l'Assomption, en exécution du vœu que le roi avait fait, l'année précédente, lorsqu'il mit sous la protection de la Très Sainte Vierge sa couronne et tous ses états. La Nouvelle-France voulant donc reconnaître avec son roi cette divine Mère, pour sa dame et sa protectrice, fit alors cette procession solennelle pour la première fois. Dès le grand matin, les Sauvages chrétiens entendirent la sainte messe et communièrent; et tous les autres, qui étaient dans les environs de Québec, se réunirent pour assister à la procession. Après la croix et la bannière venait M. Gand, en tête des hommes sauvages, dont les six premiers étaient revêtus de ces habits royaux, allant deux à deux, dans un maintien grave et modeste. Après les hommes, marchait madame de la Peltrie, ayant à ses côtés trois ou quatre filles sauvages, vêtues à la française, et ensuite toutes les filles et femmes des Sauvages en leurs propres vêtements. Le clergé venait après, suivi de M. le gouverneur, des Français et enfin des Françaises, sans garder entre eux d'autre ordre que celui de l'honnêteté chrétienne. La procession, qui s'était mise en marche au bruit des canons du fort, se dirigea d'abord vers l'hôpital, devant lequel les Sauvages prièrent tous ensemble pour le roi et la reine, et remercièrent Dieu de la naissance du dauphin; ce que firent aussi, dans la chapelle du Précieux-Sang, le gouverneur et les principaux des Français et des Sauvages. De là on se rendit aux Ursulines; l'artillerie du fort salua la procession à son passage ; lorsqu'on fut arrivé à la chapelle, qu'on avait parée, on fit les mêmes prières qu'à l'hôpital, et les Ursulines chantèrent YExaudiat, comme les Hospitalières l'avaient déjà fait. Enfin on rentra dans l'église de Notre-Dame de Recouvrance. Après la procession, M. de Montmagny fit un festin à une centaine de Sauvages, et les Pères Jésuites prirent avec eux les six qui étaient vêtus des habits de parade, et leur donnèrent à manger dans leur maison."
Source: l'abbé Faillon, Histoire de la colonie française en Canada.
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