‹ La ville de Québec sous le régime françaisChapitre 87 sur 275 · MADAME DE LA PELTRIE À QUÉBEC · texte numérisé non relu

MADAME DE LA PELTRIE À QUÉBEC

Marie-Madeleine de Chauvigny était née à Alençon en 1603 " de parents des plus considérables de ce pays." Elle manifesta dès sa tendre jeunesse son inclination pour la vie religieuse, néanmoins le grand respect qu'elle avait toujours eu pour ses père et mère la fit consentir à épouser un honnête et riche gentilhomme de la maison de Touvoys, M. de la Peltrie. Elle en eut une fille " qui ne reçut la vie que pour aller augmenter dans le ciel le nombre des prédestinés."

A l'âge de vingt-cinq ans, madame de la Peltrie se trouva veuve, sans enfant et avec de grands biens. Les prétendants à sa main ne manquèrent pas. Elle les refusa tous. Une seule chose l'embarrassait: devait-elle entrer en religion, comme elle en avait eu la pensée et le désir dans son jeune âge, ou rester dans le monde et consacrer sa fortune à la conversion des peuples barbares du Canada ? Cette dernière alternative lui avait été inspirée par la lecture des Relations des Jésuites.

Après avoir bien prié et consulté des personnes de sainteté et de jugement, surtout M. de Bernières, trésorier de France à Caen, elle apprit que quelques religieuses ursulines de Tours, entre autres, la Mère Marie de l'Incarnation, " avaient vocation pour le Canada."

M. de Bernières et madame de la Peltrie se rendirent à Tours, pour rencontrer la Mère Marie de l'Incarnation. Les arrangements se firent en peu de temps, et le 4 mai 1639, madame de la Peltrie et les religieuses destinées à la fondation de Québec, s'embarquèrent pour le Canada.

La vertueuse veuve vécut dans le monastère des Ursulines qu'elle avait fondé de ses propres deniers. Pendant dix-huit ans, elle remplit l'office de lingère avec une charité et un dévouement admirables. Elle s'occupait aussi des pauvres de Québec, raccommodait leurs vêtements ou leur en confectionnait des neufs. Elle se plaisait aux travaux les plus humbles et les plus humiliants:

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laver la vaisselle, balayer les chambres et panser les plaies des malades. Le titre de fondatrice, que lui donnaient les Ursulines, l'humiliait profondément. Elle se croyait la dernière personne du monastère.

La Mère Marie de l'Incarnation disait au Père Poncet: " Madame notre fondatrice court à grands pas dans les voies de la sainteté; j'en suis ravie, et si vous la voyiez, vous le seriez comme moi." A la supérieure des Ursulines de Mons, elle écrivait: " madame de la Peltrie est une sainte." De son côté, madame de la Peltrie écrivait à dom Claude Martin, au sujet de sa mère: "Ah! si j'avais la dixième partie de ses vertus, que je m'estimerais heureuse! "

Atteinte de pleurésie le 12 novembre 1671, elle ne fut que sept jours malade. " Jamais, disent les Relations des Jésuites, elle ne fut plus humble, plus affable, plus mortifiée, plus obéissante ni plus soumise à la supérieure, aux ordonnances du médecin, plus dévote, plus unie à Dieu ni plus résignée à sa sainte volonté."

Elle décéda le 16 novembre 1671, à l'âge de soixante-huit ans, dont elle en avait passé trente-trois à Québec.

Madame de la Peltrie fut inhumée, le lendemain, dans le chœur des religieuses. Par son testament, elle avait demandé que son cœur fût déposé sous le marchepied du maître-autel de l'église des Jésuites. Après l'inhumation de son corps aux Ursulines, on alla en procession solennelle déposer son cœur à l'endroit qu'elle avait choisi. Le gouverneur de Courcelles, l'intendant Talon, toute la population de Québec et un grand nombre de Sauvages assistaient à cette translation. Le cœur fut porté sous un crêpe funèbre par un ancien conseiller au Conseil Souverain.

Sources: N.-E. Dionne, Serviteurs et servantes de Dieu en Canada; Histoire des Ursulines de Québec.

Signature de Mme de la Peltrie

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