LE CHEVAL DE M. DE MONTMAGNY
Iouis Fréchette, dans sa Légende d'un peuple, fait marcher Louis Hébert, le premier colon de Québec, derrière sa charrette chargée de foin et traînée par deux chevaux:
Le soir arrive, mais les gerbes sont prêtes;
On en charge à pleins bords les rustiques charrettes
Dont l'essieu va ployant sous le noble fardeau;
Puis, presque recueilli, le front ruisselant d'eau,
Pendant que, stupéfait, l'enfant de la savane
Regarde défiler l'étrange caravane,
Et s'étonne à l'aspect de ces apprêts nouveaux,
Hébert, qui suit ému le pas de ses chevaux
Rentre, offrant à celui qui donne l'abondance
La première moisson de la Nouvelle-France.
Notre poète lauréat a pris ici une licence permise aux poètes. Hébert ne pouvait suivre le pas de ses chevaux pour la bonne raison qu'il n'y en avait pas encore dans la Nouvelle-France.
Le premier cheval qui ait mis le pied sur le sol canadien fut débarqué à Québec, le 25 juin 1647.
Le Journal des Jésuites nous apprend l'événement dans les termes suivants:
4 ' Le 20 de juin (1647) arriva le 1er vaisseau à Tadousak et la nouvelle en fut apportée ici le 23, veille de St-Jean. Ce même vaisseau apporta le 1er cheval, dont les habitants faisaient présent à M. le gouverneur."
La Compagnie des Habitants avait acheté ce cheval pour en faire cadeau à M. de Montmagny. Celui-ci ne s'en servit pas longtemps puisqu'il quitta le pays l'année suivante.
Le cheval de M. de Montmagny fut pendant plusieurs années le seul de son espèce au Canada.
Le 16 juillet 1665, on débarquait douze chevaux à Québec.
Le Journal des Jésuites note l'arrivée de ces bêtes chevalines de façon assez irrévérencieuse pour le beau sexe :
" Le 16 (juillet 1665), arriva le capitaine Poulet, avec M. Bourdon, 12 chevaux, 8 filles, etc."
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Les chevaux étaient entièrement inconnus aux Sauvages. On peut imaginer leur surprise en les voyant. La Relation des Jésuites de 1665 dit: " Le seizième de juillet, arriva le navire du Havre, portant des chevaux dont le Roi a dessein de fournir ce pays. Nos Sauvages, qui n'en avaient jamais vu, les admiraient, s'étonnant que les orignaux de France (c'est ainsi qu'ils les appellent) soient si traitables, et si souples à toutes les volontés de l'homme."
En 1667, nouvel envoi de chevaux.
" Sa Majesté a encore envoyé des chevaux, écrivait la vénérable Marie de l'Incarnation, et nous a donné pour notre part deux belles juments et un cheval, tant pour la charrue que pour le charroi."
Trois années plus tard, en 1670, le roi envoya dans la Nouvelle-France, un étalon et douze juments. Il les fit distribuer aux gentilshommes du pays qui s'occupaient le plus de la culture de la terre; l'étalon et deux juments, à M. de Chambly; une jument, à M. Talon; une, à M. de Sorel; une, à M. Pecaudy de Contrecœur; une, à M. de Saint-Ours; une, à M. de Varennes; deux, à M. Aubert de la Chesnaye; enfin, la douzième à M. Le Ber.
Le roi faisait ces sortes de dons à des particuliers aux conditions suivantes: ils devaient les nourrir pendant trois ans; et si, par leur faute, un de ces animaux venait à mourir, celui à qui il avait été donné devait payer au receveur du Roi la somme de deux cents livres. Dans l'autre cas, il pouvait le vendre après les trois ans expirés, ainsi que les poulains qu'il aurait pu avoir, mais avec charge, au bout de trois ans, de donner au receveur de Sa Majesté un poulain d'un an pour chaque cheval, ou la somme de cent livres. Il était pareillement ordonné que, lorsque ces poulains que le roi faisait élever et nourrir, seraient parvenus à leur troisième année, on les distribuerait à d'autres particuliers, et toujours aux mêmes charges.
Ces conditions, avantageuses pour les particuliers, multiplièrent tellement les chevaux dans la Nouvelle-France que, moins d'un demi-siècle plus tard, l'intendant Raudot était obligé de défendre aux habitants du gouvernement de Montréal d'avoir plus de deux chevaux ou cavales et un poulain, chacun.
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