L'ORDRE DE MALTE À QUÉBEC
Sur la façade du Château Frontenac, non loin de la principale porte d'entrée, on voit une pierre en cône irrégulier sur laquelle est gravée une croix de Malte avec le millésime 1647. Cette pierre fut trouvée dans la cour de l'ancien château Saint-Louis, le 17 septembre 1784, par les ouvriers occupés à niveler le terrain. James Thompson, le chef de ces ouvriers, tenait un journal quotidien de ses moindres gestes et, à la date du 17 septembre 1784, il écrivait:
" Two masons, as many miners, and a labourer added to at the jail, the miners are to deepen the drain so as to draw the water effectually from the cells. The miners, at the Château, in levelling the yard dug up a large stone from which I have described the annexed figure, I could wish it was discovered soon enough to lay conspicuously on the wall of the new building, in order to convey to posterity the antiquity of the Château de S* Louis, howeverbI got the masons to lay the stone in the cheek of the gâte now building."
Comme le dit Thompson, la pierre fut placée dans le mur d'un édifice alors en construction, — le château Haldimand ou Vieux Château, — qui logea plus tard l'École normale Laval. Cet édifice fut détruit en 1894 pour faire place au luxueux hôtel Château Frontenac. C'est alors qu'on transporta la petite pierre, portant écusson et millésime, du mur du Vieux Château au mur du Château Frontenac.
Il n'y a pas de doute que la pierre en question provenait d'un bâtiment quelconque de l'ancien château Saint-Louis rebâti par M. de Montmagny, de 1636 à 1647.
Dans son Journal de la campagne de 1759, Knox, faisant la nomenclature des édifices de Québec, mentionne une maison imposante, mais non encore terminée, pour les Chevaliers Hospitaliers.
S'appuyant sur ces deux jalons, c'est-à-dire la pierre de 1647 et la mention de Knox, M. J.-Edmond Roy a publié, en 1888, une
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étude très curieuse sur l'ordre de Malte. Il y énonce les propositions suivantes:
1° L'ordre de Malte a eu un jour l'intention de jouer un rôle en Amérique.
2° Les fondations d'une maison appartenant à l'ordre de Malte ont été jetées sur le rocher de Québec.
3° Un prieuré des chevaliers de Malte n'a jamais existé dans l'ancienne capitale de la colonie.
Il est certain qu'à un moment donné plusieurs chevaliers de Malte se sont trouvés réunis en Amérique. Ce sont ces rencontres, lesquelles n'étaient probablement que de simples coïncidences, qui permirent à M. Roy d'étayer sa thèse.
M. Roy cite la note suivante de l'abbé Bois: " Les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, établis à Québec, Bras-de-Fer, Montmagny, Sillery, etc., avaient construit un bureau dans la cour du château Saint-Louis. Il avait coûté 40,000 livres, de la monnaie française. Une grande pierre, incrustée dans le mur de façade, portait les armes de l'ordre. Quand l'édifice fut détruit par le feu, en juillet 1759, pendant le siège, cette pierre fut enfouie sous les ruines jusqu'en 1784. En cette année, les autorités militaires en firent l'invention et la placèrent dans le mur de la cour du château."
Malheureusement, le témoignage de l'abbé Bois n'est appuyé sur aucun document.
Quant à Knox n'a-t-il pas confondu le bâtiment qu'il appelle la " maison imposante des chevaliers hospitaliers " avec le bâtiment de l'Hôtel-Dieu de Québec, habité par des Hospitalières ?
Il parle d'une M maison non encore terminée ". C'était le cas de l'Hôtel-Dieu de Québec en 1759.
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