‹ La ville et l'acropole d'Athènes aux diverses époquesChapitre 1 sur 7 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Depuis Tannée 1852, où M. Beulé fît à l'Acropole les découvertes qui furent l'origine de sa fortune, l'archéologie athénienne a fait de notables progrès. Presque toutes les idées de ce savant ont été remises en question par les hommes instruits qui habitent ou qui ont visité Athènes. Nous n'étonnerons personne en disant qu'elles sont aujourd'hui à peu près abandonnées.

La science est à ce prix. Les hommes vont d'hypothèse en hypothèse ; mais la science avance toujours. Il y a vingt ans, on regardait encore Gécrops, Érechthée et d'autres héros de la légende comme des princes réels qui, dans les temps primitifs, avaient organisé la société athénienne, fondé ses religions et dressé sur l'Acropole ses premiers autels. A présent, on n'admet plus la réalité de ces personnages; on retrouve en eux des conceptions plus antiques, venues de la haute Asie et encore vivantes chez les Indiens.

S'en tenir à des opinions vieillies, sous prétexte qu'elles sont ou qu'elles ont été celles d'un homme distingué, n'a rien de scientifique : la science n'est pas une orthodoxie. Si les idées

de M. Beùlé sur l'Acropole n*ont point été adoptées en Allemagne, celles de MM. Ulrichs et E. Curlius sur la topographie des ports ne l'ont pas été en France ni en Angleterre. Il n'y a réellement que l'examen attentif des lieux qui puisse corriger les' anciennes erreurs. Cela n'ôte rien, je ne dirai pas à la valeur des découvertes, mais à celle des hommes qui les ont faites. Les objets mis au jour ou signalés par eux demeurent comme documents historiques ; l'interprétation seule reste toujours libre, et, en discutant leurs idées, on ne fait qu'en reconnaître l'importance.

Enfin, la sincérité est la première condition de la science. Une idée ne doit pas être adoptée en France parce qu'elle est française, en Allemagne parce qu'elle est allemande, mais uniquement parce qu'elle est vraie ou qu'on la croit telle. Elle doit donc être de temps en temps soumise à la critique, afin que les faits nouveaux, s'il y en a, la rectifient, la complètent ou la confirment. Le seul regret que Ton puisse avoir, c'est que ceux qui l'ont émise les premiers ne soient plus toujours là pour la défendre.

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